‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 38 sur 189 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Alceste, Qui je veux? la raison, mon bon droict, l'équité.

Philinte.

Aucun juge par vous ne sera visité?

Alceste.

Non : est-ce que ma cause est injuste ou douteuse?

Philinte.

J'en demeure d'accord, mais la brigue est fascheuse. Et...

Non, j'ay résolu de n'en pas faire un pas : J'ay tort ou j'ay raison.

Philinte.

Ne vous y fiez pas.

Alceste.

Je ne remûray point.

Philinte.

Vostre partie est forte, Et peut par sa cabale entraîner...

Alceste.

Il n'importe.

Philinte.

Vous vous tromperez.

Alceste.

Soit, j'en veux voir le succès.

Philinte.

Mais...

Alceste.

J'auray le plaisir de perdre mon procès.

Philinte.

Mais enfin...

Alceste.

Je verray, dans cette plaiderie, Si les hommes auront assez d'éfronterie, Seront assez méchans, scélérats et pervers, Pour me faire injustice aux yeux de l'univers.

Phii.inte.

Quel homme!

Je voudrois, m'en coû.tast-il grand'chose, Pour la beauté du fait, avoir perdu ma cause.

Philinte.

On se riroit de vous, Alceste, tout de bon. Si l'on vous entendoit parler de la façon.

Alceste.

Tant pis pour qui riroit.

Philinte.

Mais cette rectitude Que vous voulez en tout avec exactitude, Cette pleine droiture où vous vous renfermez, La trouvez-vous icy dans ce que vous aimez? Je m'étonne, pour moy, qu'estant, comme il le semble. Vous et le genre humain, si fort brouillez ensemble. Malgré tout ce qui peut vous le rendre odieux, Vous ayez pris chez luy ce qui charme vos yeux; Et ce qui me surprend encore davantage. C'est cet étrange chois où vostre cœur s'engage. La sincère Eliante a du penchant pour vous, La prude Arsinoé vous voit d'un œil fort doux : Cependant à leurs vœux vostre ame se refuse. Tandis qu'en ses liens Celimene l'amuse, De qui l'humeur coquette et l'esprit médisant Semble si fort donner dans les mœurs d'à-present.

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