ACTE I, SCENE II. 8i
Oronte.
A VOUS. Trouvez-vous qu'il vous blesse ? Alceste.
Non pas, mais la surprise est fort grande pour moy, Et je n'attendois pas l'honneur que je reçoy.
Oronte.
L'estime où je vous tiens ne doit point vous surprendre, Et de tout l'univers vous la pouvez prétendre.
Alceste.
Monsieur...
Oronte.
L'Estat n'a rien qui ne soit au dessous Du mérite éclatant que l'on découvre en vous.
Monsieur...
Oronte.
Oûy, de ma part, je vous tiens préférable A tout ce que j'y vois de plus considérable.
Alceste.
Monsieur...
Oronte.
Sois-je du ciel écrasé si je mens!
Et, pour vous confirmer icy mes sentimens, Souffrez qu'à cœurouvert, Monsieur, je vousembrasse Et qu'en vostre amitié je vous demande place. Touchez là, s'il vous plaist; vous me la promettez, Vostre amitié?
Alceste.
Monsieur...
Oronte.
Quoy ! vous y résistez?
Molière. IV. 1 1
Alceste, Monsieur,c'esl trop d'honneur que VOUS me voulez faire; Mais l'amitié demande un peu plus de mystère, Et c'est asseurément en profaner le nom Que de vouloir le mettre à toute occasion. Avec lumière et chois cette union veut naistre; Avant que nous lier, il faut nous mieux connaistre. Et nous pourrions avoir telles complexions Que tous deux du marché nous nous repentirions.
Oronte.
Parbleu! c'est là-dessus parler en homme sage, Et je vous en estime encore davantage.
Souffrons donc que le temps forme des nœuds si doux; Mais, cependant, je m'offre entièrement à vous. S'il faut faire à le: cour pour vous quelqu'ouverture, On sçait qu'auprès du roy je fais quelque figure : Il m'écoute, et dans tout il en use, ma foy. Le plus honestement du monde avecque moy. Enfin je suis à vous de toutes les manières; Et, comme vostre esprit a de grandes lumières, Je viens, pour commencer entre nous ce beau nœud, Vous montrer un sonnet que j'ay fait depuis peu, Et sçavoir s'il est bon qu'au public je l'expose.
Alceste.
Monsieur, je suis mal propre à décider la chose, Veuillez m'en dispenser.
Oronte.
Pourquoy?
Alceste.
J'ay le défaut D'estre un peu plus sincère en cela qu'il ne faut.