ACTE I, SCENE II
Alceste, bas.
Et que fais-tu donc, traistre?
Oronte, [à Alceste].
Mais, pour vous, vous sçavez quel est nostre traité : Parlez-moy, je vous prie, avec sincérité.
Alceste.
Monsieur, cette matière est toujours délicate. Et sur le bel esprit nous aimons qu'on nous flate ; Mais, un jour, à quelqu'un dont je tairay le nom Je disois, en voyant des vers de sa façon. Qu'il faut qu'un galanthomme aittoûjours grandempire Sur les démangeaisons qui nous prenent d'écrire; Qu'il doit tenir la bride aux grands empressemens Qu'on a, de faire éclat de tels amusemens. Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages, On s'expose à jouer de mauvais personnages.
Oronte.
Est-ce que vous voulez me déclarer par là Que j'ay tort de vouloir...
Alceste.
Je ne dis pas cela; Mais je luy disois, moy, qu'un froid écrit assomme, Qu'il ne faut que ce foible à décrier un homme, Et qu'eust-on d'autre part cent belles qualitez, On regarde les gens par leurs méchans costez.
Oronte.
Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?
Alceste.
Je ne dis pas cela; mais, pour ne point écrire. Je luy mettois aux yeux comme dans nostre temps, Cette soif a gasté de fort honnestes gens.
Oronte.
Est-ce que j'écris mal? et leur ressemblerois-je?
Alceste.
Je ne dis pas cela. Mais enfin, luy disois-je. Quel besoin si pressant avez-vous de rimer, Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer? Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre, Ce n'est qu'aux malheureux qui composent pour vivre. Croyez-moy, résistez à vos tentations, Dérobez au public ces occupations, Et n'allez point quitter, dequoy que l'on vous somme. Le nom que dans la cour vous avez d'honneste hom.me Pour prendre, de la main d'un avide imprimeur, Celuy de ridicule et misérable autheur.
C'est ce que je tâchay de luy faire comprendre.
Voila qui va fort bien, et je croy vous entendre. Mais ne puis-je sçavoir ce que dans mon sonnet...
Alceste.
Franchement, il est bon à mettre au cabinet; Vous vous estes réglé sur de méchans modelles. Et vos expressions ne sont point naturelles.
Qu'est-ce que nous berce un temps nostre ennuy Et que rien ne marche après luy?
Que ne vous pas mettre en dépense, Pour ne me donner que l'espoir, Et que Philis, on désespère Alors qu'on espère toujours ?
Ce stile figuré, dont on fait vanité.
Sort du bon caractère et de la vérité;
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure.