‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 55 sur 189 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Alceste.

Vous pouvezparler haut, Monsieur,pour m'en instruire.

Garde.

Messieurs les mareschaux, dont j'ay commandement, Vous mandent de venir les trouver promptement, Monsieur.

Alceste.

Qui? moy, Monsieur?

Garde.

Vous-mesme.

Et pourquoy faire?

Philinte.

C'est d'Oronte et de vous la ridicule affaire.

Celimene.

Comment?

Philinte.

Oronte et luy se sont tantost bravez Sur certains petits vers qu'il n'a pas approuvez, Et l'on veut assoupir la chose en sa naissance.

Alceste.

Moy, je n'auray jamais de lâche complaisance.

Philinte.

Mais il faut suivre l'ordre, allons, disposez-vous...

Alceste.

Quel accommodement veut-on faire entre nous? La voix de ces Messieurs me condamnera-t'elle A trouver bons les vers qui font nostre querelle ? Je ne me dédis point de ce que j'en ay dit, Je les trouve méchans.

Philinte.

Mais, d'un plus doux esprit...

io8 LE MISANTROPE.

Alceste.

Je n'en démordray point, les vers sont exécrables.

Philinte.

Vous devez faire voir des sentimens traitables. Allons, venez.

Alceste.

J'iray, mais rien n'aura pouvoir De me faire dédire.

Allons vous faire voir.

Alceste.

Hors qu'un commandement exprés du roy me vienne De trouver bons les vers dont on se met en peine, Je soûtiendray toujours, morbleu ! qu'ils sont mauvais, Et qu'un homme est pendable après les avoir faits.

{A Clitandre et Acaste qui rient.) Par la sangbleu ! Messieurs, je ne croyois pas estre Si plaisant que je suis.

Celimene.

Allez viste parestre Où vous devez.

Alceste.

J'y vais, Madame, et sur mes pas Je reviens en ce lieu pour vuider nos débats.

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