ACTE III, SCENE I. ili
Et qu'au moins, à tout mettre en de justes balances, Il faut qu'à frais communs se fassent les avances.
Clitandre.
Tu penses donc, Marquis, estre fort bien icy?
ACASTE
J'ay quelque lieu, Marquis, de le penser ainsy.
Clitandre.
Croy-moy, détache-toy de cette erreur extrême: Tu te fiâtes, mon cher, et t'aveugles toy-méme.
Acaste.
Il est vray, je me flate et m'aveugle en effet.
Mais qui te fait juger ton bonheur si parfait?
ACASTE
Je me flate.
Clitandre.
Surquoy fonder tes conjectures?
Acaste.
Je m'aveugle.
Clitandre.
En as-tu des preuves qui soient seures? Acaste.
Je m'abuse, te dis-je,
Clitandre.
Est-ce que de ses vœux Celimene t'a fait quelques secrets aveus?
Acaste.
Non, je suis mal-traité.
Clitandre.
Répond-moy, je te prie.
Acaste.
Je n'ay que des rebuts.
Clitandre.
Laissons la raillerie, Et me dis quel espoir on peut t'avoir donné.
ACASTE
Je suis le misérable, et toy le fortuné;
On a pour ma personne une aversion grande,
Et quelqu'un de ces jours il faut que je me pende.
Clitandre.
O çà, veux-tu, Marquis, pour ajuster nos vœux, Que nous tombions d'accord d'une chose tous deux, Que qui pourra montrer une marque certaine D'avoir meilleure part au cœur de Celimene, L'autre icy fera place au vainqueur prétendu Et le délivrera d'un rival assidu ?
ACASTE
Ah! parbleu ! tu me plais avec un tel langage. Et du bon de mon cœur à cela je m'engage. Mais chut !