‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 7 sur 189 · ACTE I, SCENE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV. i

Lysette.

Par ma foy, voila un vilain homme, et je vous avoue que j'aurois un plaisir extrême à luy jouer quelque tour. Mais d'où vient donc, Madame, que jusqu'icy vous m'avez caché vostre mal?

LUCINDE

Helas ! dequoy m'auroit servy de te le descouvrir plûtost? et n'aurois-je pas autant gagné à le tenir caché toute ma vie ? Crois-tu que je n'aye pas bien preveu tout ce que tu vois maintenant, que je ne sceusse pas à fonds tous les sentimens de mon père, et que le refus qu'il a fait porter à celuy qui m'a demandée par un amy n'ait pas estouffé dans mon ame toute sorte d'espoir? Lysette.

Quoy ! c'est cet inconnu qui vous a fait demander pour qui vous...

LuCINDE.

Peut-estre n'est-il pas honneste à une fille de s'expliquer si librement; mais enfin je t'avoue que, s'il m'estoit permis de vouloir quelque chose, ce seroit luy que je voudrois. Nous n'avons eu ensemble aucune conversation, et sa bouche ne m'a point déclaré la passion qu'il a pour moy ; mais, dans tous les lieux où il m'a pu voir, ses regards et ses actions m'ont tousjours parlé si tendrement, et la demande qu'il a fait faire de moy m'a paru d'un si honneste homme, que mon cœur n'a pu s'empescher d'estre sensible à ses ardeurs; et cependant tu vois où la dureté de mon père réduit toute cette tendresse.

i6 L'AMOUR MEDECIN.

Lysette.

Allez, laissez-moy faire. Quelque sujet que j'aye de me plaindre de vous du secret que vous m'avez fait, je ne veux pas laisser de servir vostre amour, et, pourveu que vous ayez assez de resolution...

LUCINDE

Mais que veux-tu que je fasse contre l'authorité d'un père? et, s'il est inexorable à mes vœux... Lysette.

Allez, allez, il ne faut pas se laisser mener comme un oyson, et, pourveu que l'honneur n'y soit pas offensé, on peut se libérer un peu de la tyrannie d'un père. Que prétend -il que vous fassiez? N'esces-vous pas en âge d'estre mariée ? et croit-il que vous soyez de marbre ? Allez, encor un coup, je veux servir vostre passion, je prends dés à présent sur moy tout le soin de ses interests, et vous verrez que je sçay des destours... Mais je vois vostre père, rentrons, et me laissez agir.

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