‹ Théâtre complet de J.-B. Poquelin de MolièreChapitre 86 sur 189 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

SGANARELLE, MARTINE, paraissant sur le théâtre en se querellant.

Sganarelle.

Non, je te dy que je n'en veux rien faire, et que c'est à moy de parler et d'estre le maistre. Martine.

Et je te dy, moy, que je veux que tu vives à ma fantaisie, et que je ne me suis point mariée avec toy pour souffrir tes fredaines.

Sganarelle.

O la grande fatigue que d'avoir une femme, et

i6o LE MEDECIN MALGRE-LUY.

qu'Aristote a bien raison quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon !

Martine.

Voyez un peu l'habile homme, avec son benest d'Aristote !

Sganarelle.

Oûy, habile homme. Trouve-moy un faiseur de fagots qui sçache, comme moy, raisonner des choses, qui ait servy six ans un fameux médecin, et qui ait sceu dans son jeune âge son rudiment par cœur.

Martine.

Peste du fou fieffé !

Sganarelle.

Peste de la carogne !

Martine.

Que maudit soit l'heure et le jour où je m'avisay d'aller dire oûy !

Sganarelle.

Que maudit soit le becque-cornu de notaire qui me fit signer ma ruine !

C'est bien à toy vrayment à te plaindre de cette affaire ! Devrois-tu estre un seul moment sans rendre grâce au Ciel de m'avoir pour ta femme, et meritois-tu d'espouser une personne comme moy ? Sganarelle.

Il est vray que tu me fis trop d'honneur, et que j'eus lieu de me louer la première nuict de nos nopces. Hé! morbleu! ne me fais point parler là dessus, je dirois de certaines choses...

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