‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 116 sur 716 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ANDROMAQUË, CÉPHISE.

CÉPHISE

Je vous l^avais prédit, qu^en dépit de la Grèce De votre sort encor vous seriez la maltresse.

ANDROMAQVE.

Hélas ! de qud effet tes discours sont suivis ! Il ne me restait plus qu*à condamner mon fils.

CÉPBISE.

Madame , à votre époux c'est être assez fidèle : Trop de vertu pourrait vous rendre criminelle. Lui-même il porterait votre âme à la douceur.

ANDROIAQUE.

Quoi! je lui donnerais Pyrrhus pour successeur.'

CÉPRISE.

AiDsi le veut son fils , cpie les Grecs vous ravissent.

Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent ;

Qu'il méprisât, madame, un roi victorieux

Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux ,

Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère ,

Qui ne se souvient plus qu'Achille était son père ,

Qui dément ses exploits et les rend superflus.'

ANDROMAQUB.

Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus? , »*'^

l)ois-jc oublier Hector privé de funérailles , \^

U traîné sans honneur autour de nos mu railles ?

l)Qis-j0 oublier son père à mes pieds renversé .

Knsaôglantant l'autel qu'il tenait embrassé ?

Songe , songe , Céphise , à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit étemelle ;

Pigur«-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,

Entrant à la lueur de nos palais brûlants ,

Sur tous mes frères morts se faisant un passyn^

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Et, de sang tout couvert, échanflatit le carnage;

Songe aux cria des vainqueurs , songe aux cria des moaranls

Dans la flamme étouffés , sous le fer expirants ;

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :

Voilà comme Pyrrhus vint s'offirir à ma vue ,

Voilà par quels exploits il sut se couronner ;

Enfin y yoiJà Tépoux que tu me veux donner.

Non , je ne serai point complice de ses crimes:

Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières Yictiroes.

Tous mes ressentiments hii seraient asaerris !

CéPHISE.

Eh bien, allons donc voir expirer yotre iils :

On n'attend plus que vous... Vous frémissez, inadante?

ANBROMAQOE.

Ah ! de quel souYenir viens-tu frapper mon àme !

Quoi ! Céphise , j'irai voir expirer encor

Ce fils , ma seule joie , et l'image d'Hector?

Ce fils , que de sa flamme il me laissa pour gage?

Hélas ! je m'en souviens : le jour que son courage

Lui fii; chercher Achille, ou plutôt le trépas.

Il demanda son fils , et le prit dans ses bras :

« Chère épouse , ditril en essuyant mes larmes,

« J'ignore qud succès le sort garde à mes armes ; .

K Je te laisse mon fils pour gage de ma foi :

« S'il me perd , je prétends qu'il me retrouve en toi.

« Si d'un heureux hymoi la mémoire t'est Chère ,

« Montre au fils à quel point tu chérissais le père. »

Et je puis voir répandre on sang si précieux?

Et je laisse aveclui périr tous ses aïeux?

Roi barbare, faut-il que mon crime l'entraîne?

Si je te hais , est-fl coupable de ma haine?

T'a-t-il de tous les siens reproché le trépas?

S'est-fl plaint à tes yeux des maux qu'il ne sent pas?

Mais cependant, mon fils , tu meurs si je n'arrête

Le fer que le cruel tient levé sur ta tête. ^

Je l'en puis détourner, et je l'y vais offrir?... \ q ^ C

Non , tu ne mourras point , je ne le puis souffi ir.

Allons trouver Pyrrhus. Mais non , clière Céphise ,

Va le trouver pour moi.

GÉPUISE.

Que faut-il que je dise?

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