ACTE I, SCÊWE V. t
Vous donne pour tous deux une hdne oonunuDe. Vous inspirez au roi vos eonsefls dangereux , Et Yous en serrez un pour les perdre tous deux.
CRéON.
Je ne me repais point dépareilles chimères : Mes respects pour le roi sont ardents et sincères ; Et mon ambition est de le maintenir An trône où tous croyez que je yeux parvenir. Le soin de sa grandeur est le seul qui m'anime ; Je hais ses ennemis , et c'est là tout mon crime : Je ne m'en cache point. Mais , à ce que je voi , Chacun n'est pas iei criminel comme moi.
JOCASTE
Je suis mère, Créon; et, si j'aime son frère, La personne du roi ne m'en est pas moins chère. De lâches courtisans peuvent bien le haïr ; Mais une mère enfin ne peut pas se trahir.
Vos intérêts ici sont conformes aux nôtres , Les ennemis du roi ne sont pas tous les vôtres; Créon, vous êtes père, et, dans ces ennemis. Peut-être songez-vous que vous avez un fils. On sait de quelle ardeur Hémon sert Polynice.
GRÉON.
Oui , je le sais , madame , et je lui fais justice ; Je le dois , en effet , distinguer du commun , Mais c'est pour le haïr encor plus que pas un : Et je souhaiterais , dans ma juste colère , Que chacun le haït comme le hait son père.
ANTIGONE
Après tout ce qu'a faiit la valeur de son bras , Tout le monde en ce point ne vous ressemble pas.
CRÉON
Je le vois bien , madame , et c'est ce qui m'afflige : Mais je sais bien à quoi sa révolte m'oblige ; Et tous ces beaux exploits qui le font admirer, C'est ce qui me le fait justement abhorer. La honte suit toujours le parti des rebelles : Leurs grandes actions sont les plus criminelies^. Ils signalent leur crime en signalant leur bras ; Et la gloire n'est point où les rois ne sont pas.
^0 LES FKÊR£S E.NNI&M1S.
ANTIOONE.
iLGoutez un [tcu mieux la voix de la nature. '
CRÉOK.
Plus roffeofieur m'est cher, plus je ressens Tinjure.
ANTIGONE
Mitis un i^èreà ce point doit-il être emporté? Vous avez trop de haine.
CRÉON
Et vous trop de bonté.
C'est trop parler, madame , en faveur d'un rebelle.
ANTIGONE
L'innocence vaut bien que l'on parle pour elle.
CRÉON
Je sais ce qui le rend innocenta vos yeux.
ANTIGONE
Lt je sais quel sujet vous le rend odieux.
CRÉON
L'Amour a d'autres yeux que le commun des hommes.
JOCASTE
Vous abusez, Créon, de l'état où nous sonunes;
Tout vous semble permis : mais craignez mon courroux ;
Vos libertés enfin retomberaient sur vous.
ANTIGONE
L'intérêt du public agit peu sur son Âme , Et l'amour du pays nous cache une autre flamme. Je la sais : mais, Créon, j'en abhorre le cours; Et vous ferez bien mieux de la cacher toujours.
CRÉON
Je le ferai , madame; et je veux par avance Vous épargner encor josques à ma présence. Aussi bien mes respects redoublent vos mépris ; Et je vais faire place à ce bienheureux fils. Le roi m'appelle ailleurs, il faut que j'obéisse. Adieu. Faites venir Hémon et Polynice.
JOCASTE
N'en doute pas, méchant, ils vont venir tous deux ; Tous deux ils préviendront tes desseins malheureux