‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 2 sur 716 · NOTICE SL'R LA VIE · texte numérisé non relu

NOTICE SL'R LA VIE

d'avoir fait de mauvais vers latins. Horace et Virgile peuvent nous consoler du peu de •uccès des modernes dans ce genre d'écrire, et devraient même les dispenser de s'y exercer. Un homme de génie se platt un moment à consacrer dans un beau vers latin la mémoire de deux événements 4ui font époque, l'un dans rhistoire des sciences, l'autre dans t;e]Ie des empires; mais il n'entreprendra pas de faire une ode, une épttre, un poème, dans une langue qu'on ne parle plus : il aura surtout le bon esprit de préférer le mérite si né- (^essaire et si rare d'écrire dans sa langue avec pureté, élél^ce et précision , au vain plaisir de faire de barbares el d'insipides centons dans une langue que les artisans, je dirais presque les port^aîx deRome , entendaient , écrivaient et parlaient mieux que nous.

A peine Racine eut-il achevé sa pliilosophie, qu*fl se fit connaître assez avantageusement par son ode intitulée la Nymphe de l4 Seine. Cette pièce, qu'il publia en 1660 à focrasion du mariage du roi, ftit jugée la meilleure de toutes celles qui parurent sur le même sujet. Cluipelain , alors arbitre souverain du Parnasse, et que le jeune Racine avait consulté sur son ode, parla si favorablement à Colbert et de l'ode et du poète, que ce ministre lui envoya cent louis de la part du roi , et le mit peu de temps après sur l'état pour une pension de 600 livres, l^les vers de Chapelain ne font pas beaucoup d'honneur à son esprit, ce prooédé en fait beaucoup à son discernement et à son caractère; et le philosophe cél^e qui a soutenu , par des raisons aussi solides qu'éloquentes . qu'une belle page était plusdifficUe à faire qu'une belle action^ pouvait citer cet exemple comme une nouvelle preuve de la vérité de son opinion.

Ce premier succès, dans un âge où il n'y en a point d'indifférrât, ne fit qu'accroître la passion de Racine pour la poésie, et le détermina à s'y livrer entièrement. L'étude épineuse de la jurisprudence, celle de la théologie, ces deux sciences dans lesquelles il est si difficile , même avec de grands talents , de fixer sur soi les regards dn public et de se faire une réputation durable , contrariaient trop son goût dominant, pour qu'il pût se résoudre à suivre l'une ou l'antre carrière, ^comme ses amis et ses parents le désiraient. Cependant, par déférence pour un oncle qui voulait lui résigner son bénéfice, fliclne s* appliqua à la théologie, mais sans négliger ses occu-

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