ACTE IV, SCENE III. JVt
« Sont-ce de ses bienfaits de faibles récompenses ?
a Qud crime a donc commis ce lils tant condamné.
« Est-ce pour obéir qu'elle Ta couronné?
« N'estril de son pouToir qne le dépositaire? »
Non que , si jusque-là j'avais pu tous complaire ,
Je n'eusse pris plaisir, madame, à tous céder
Ce poavoir que tos cris semblaient redemander :
Mais Rome Teut un maître, et non une maîtresse.
Voos entendiez les bruits qu'excitait ma faiblesse :
Le sénat chaque jour et le peuple, irrités
De ^ouir par ma Toix dicter tos Tolontés,
Publiaient qu'en mourant Claude aTec sa puissance
M'avait encor laissé sa simple obéissance.
Vous avez tu cent fois nos. soldats en courroux
Porter en murmurant leurs aigWdeTant tous ,
Honteux de rabaisser par cet inoigne usage
Les héros dont encore elles portent l'image.
Toute autre se serait rendue à leurs discours :
Mais, si tous ne régnez, tous tous plaignez toujours.
Avec Britannicus contre moi réunie.
Vous le fortifiez du parti de Junie;
Et la main de Pallas trame tous ces complots.
Et, lorsque malgré moi j'assure mon repos,
On TOUS Toit de colère et de haine animée :
Vous Toulez présenter mou riTal à l'armée ;
Déjà jusques au camp le bruit en a couru.
AGRIPPINE
Moi! le faire empereur? Ingrat! l'aTez-TOiis cru?
Quel serait mon dessein? qu'aurais-je pu prétendre?
Quels honneurs dans sa cour, quel rang pourrais-je ai tenilio ?
Ah I si sous Totre empire on ne m'épargne pas ,
Si mes accusateurs observent tous mes pas ,
Si de leur empereur ils poursuivent la mère ,
Que ferais-je au milieu d'une cour étrangère?
Ils me reprocheraient , non des cris impuissants.
Des desseins étouffés aussitôt que naissants.
Mais des crimes pour vous commis à votre vue ,
Et dont je ne serais que trop tôt convaincue.
Vous ne me trompez point , je vois tous vos détours ;
Vous êtes un ingrat , vous le ffttes toujours :
Dès vos pins jeunes ans mes soins et mes tendresses
RACIXF. 22
%4 BRITANmCUS.
M'ont arraclié lie vous que de feintes caresBes. Rien ne yods a pu ▼aincre; et votre dureté Aurait dû dans son couis arrêter ma bonté. Que je suis malheureuse! Et par quelle infortune Faut-il que ton mes soins me rendent importune I Je n*ai qu'un fils : d de! , qui m'entends aujourdliut , Tai-Je fait quelques t<bux qui ne fussent pour M? Remords, crainte, périls, rien ne m'a retenue. Tai vaincu ses mépris ; j'ai détourné ma vue Des malheurs qui dès lors me furent annoncés ; J'ai fait ce que j'ai pu : vous régnez, c'est asses. Avec ma liberté , que tous m'avez ravie , Si vous le souhaitez , prenez encor ma vfe , Pourvu que par ma mort tout le peuple irrité Ne vous ravisse pas ce qui m tant coûté.
NÉRON
Ëh bien donc, prononcez. Que voulex-vous qu'on fasse?
AGRIPMNE.
De mes accusateurs qu'on punisse l'audace ; Que de Britannictts on calme le courrouiL ; Que Junie à son choix puisse prendre un époux ; Qu'ils soient libres tous deux ; et que Pallas demeure; Que vous me permettiez de vous voir à tonte heure ;
(apercevaol Biirrhas dans le fond du. théâtre.) Que ce même Burrhus, qui nous vient écouter, À votre porte enfin n'ose plus m'arréter.
NÉRON
Oui , madame , je veux que ma reconnaissance Désormais dans les cœurs grave votre puissance ; Et je bénis déjà cette heureuse froideur Qui de notre amitié va rallumer l'ardeur. Quoi que Pallas ait fait , il suffit , je l'oublie : Avec Britannicus je me récpncilie ; Et , quant à cet amour qui nous a séparés , Je vous fais notre arbitre , et vous nous jugerez . Allez donc , et portez cette joie à mon f i-ère. Gardes , qu'on obéisse aux ordres de ma mère !