‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 223 sur 716 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

AGRIPPLNË, BURRHUS, ALRINE.

ALBINE

Ah madame! ah seigneur! courez vers l'emperour. Venez sauver César de sa propre fureur ; 11 se voit pour jamais séparé de Junie.

ÀGRIPPINE.

Quoi ! Junie elle-même a terminé sa vie?

ALBINE

Pour accabler César d'un éteniel^ ennui ,

AC rii V , SCÈNt VllI. 269

Madame , sans mourir eHe est morte peur lui. Voos savez de ces lieux comme elle s'est ravie : Elle a feint de passer chez la triste Octavie ; Mais bientôt elle a pris des chemins écartés , Où mes yeux ont^uivi ses pas précq>ités. Des portes du palais elle sort éperdue. D*abord elle a d'Auguste aperçu la statue; £t mouillant de ses pleurs le marbre de ses pieds Que de ses bras pressants elle tenait liés : « Prince , par ces genoux, dit-elle, que j'embrasse, « Protège en ce moment le reste de ta race : * Rome , dans ton palais , Tient de voir immoler « Le seul de tes nereux qui te pût ressembler. « On veut après sa mort que je lui sois parjure. « Mais , pour lui conserver une foi toujours pure, « Prince , je me dévoue à ces dieux inunortels « Dont ta vertu Ta fait partager les autels. » Le peuple cependant, que ce spectacle étonne , Vole de toutes parts , se presse , Tenvironue , S'attendrit à ses pleurs , et, plaignant son en^ui , D*une commune voix la prend sous son appui. Ils la mènent au temple , où depuis tant d'années Au culte des autels nos viciées destinées Gardent fidèlement le dépôt précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux. César les voit partir sans oser les distraire. Narcisse, plus hardi, s'empresse pour lui plaire : Il YoIe vers Junie, et, sans s'épouvanter, D'une profane main conunence à l'arrêter. De mille coups mortels son audace est punie ; Son infidèle sang rejaillit sur Junie.

César, de tant d'objets en même temps frapi>é , Le laisse entre les mains qui l'ont enveloppé. 11 rentre. Chacun fuit son silence farouche : I^ seul nom de Junie échappe de sa bouche. 11 marche sans dessein : ses yeux mal assurés N'osent lever au del leurs regards égarés : Et Ton craint , si la nuit jointe à la solitude Vietit de son désespoir aigrir l'inquiétude , Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours Que sa douleur bientôt n'attente sur ses jours.

Le temps presse *. courex. Il ne faut qu*un caprice; Il se perdrait, madame.

ÀGRIPPIRE.

Use ferait Justice.

Mais, Burrhus, allons voir jusqa'où vont ses transports : Voyons qud changement produiront ses remords ; S'il voudra désormais suiTre d'autres maximes.

BURRHUS

riût aux dieux que ce fftt le dernier de ses crimes 1

OB LA rUBKIBBB ÉDITION

De tons les oiiTrages qae j*al doimés aa publie , il n'y en a point guln'alt . atttré plus d'applandlssements ni plus de censeors qne celol^l. Qaelqoe soin que j'aie pris pour trayailler cette tragédie, il semble qu'autant qve le me suis efforcé de la rendre bonne , autant de certaines gens ae sont efforcés de la décrier. 11 n'y a point de cabale qu'ils n'aient f^ite , point de critique dont ils ne se soient avisés. Il y en a qui ont pris utoie le parti de Néron contre mol : ils ont dit que Je le faisais trop crueL Pour mol, je croyais que le nom seul de Néron faisait entendre quelque chose de pins qae crueL Mais peut-être qu'Us raffinent sur son Ustoire, et Teu< lent dire qu'A était honnête homme dans ses premières année». U ne faut qu'avoir lu Tacite pour savoir que, s'il a été quelque temps na bon empereur , U a tonjours été un très-méchant homme. Il ne s'agit point dans ma tragédie des affaires du dehors ; Néron est ici dans son particulier et dans sa fàmUle : et Ib me dispenseront de leur rapporter tous les passages qui pourraient aisément leur prouTer que je n'ai point de réparation à lui faire.

D'autres ont dit an contraire que Je l'avais fait trop bon. J*avone que Je ne m'étais pas formé l'idée d'un bon hoonne en la personne de Néron : Je l'ai toqjonrs regardé comme un monstre. Mais c'est ici un monstre naissant '711 n'a pas encore mis le feu à Rome ; il n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gouTerneprs : à cela près, il m'a semblé qu'il lui échappe assez de cruautés pour empêcher qne personne ne le méconnaisse.

Quelques-uns ont pris l'intérêt de Narcisse , et se sont plaint» qne j'en eusse fait un très-méchant homme et le confident de Néron. Il snflit d'un passage pour leur répondre. Néron , dit Tacite , porta impattemuent la mort de Narcisse , parce que cet affranchi avait une conformité merveilleuse avee les vices du prince encore cachés : Cu/vt abdUii adhue vMU miré eonoruébat

Les antres se sont scandalisés que j'eusse choisi un homme aussi jeune que Rritannlens pour le héros d'nne tragédie. Je leur ai déclare dans la préface dfASDnonAQUB le senttanentd'Arisfote sur le héros de la tragédie; et que , bien loin d'être parfsit , il faut tonjours quU ait quelque Imperfection. Mais Je leur dirai encore id qu'un Jeune prince de dix-sept ans, qnl a beaucoup de eœnr , beaucoup d'amour , beaucoup de franehise et beaucoup de crédulité, qualités ordinaires d'un Jeune homme, n'a aemblé très^pable tf ezdter la compassion. Je n'en vent pas davantage.

Mate, discntJlB, ce prince n'entrait qne dans sa qnlnizême année lors- ^"n mourut : on le ftilt vivre , Ini et Narcisse , deux ans phis qnlls n'ont ▼écu. Je n'aurais point parlé de cette objection , si elle n'avait été faite avec chaleur par un homme qui s'est donné la liberté de faire régner %iBgt ans un empereur qui n'en a régné que huit , quoique ce changeoMint

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