PRÉFACE DE BÉRÉNICE
et U ne faut pobit croire que cette règle ne soit fondre que sur ta (:intalsle de ceux qui l'ont faite. Il n'y a que le vraisemblable qui toaelie dans la tragédie. Et qoelte Traisemblance y a-t-Il quil arrive en on Jour une moldUide de choses qui pourraient à peine arriver en plusieurs semaines? Il y en a qui pensent que cette simplicité est une inarque de peu dinventlon. Os ne songent pas qu'au contraire toute lluventlon consiste à faire quelque chose de rien, et que tout ce grand nombre dlnddeatB a toujours été le refuge des poètes qui ne sentaient dam icar génie ni ^ssez d'abondance ni assez de force pour attacher durant rinq actes leurs spectateurs par une action simple, soutenue de la violence des passions, de la beauté des sentiments, et de l'élégance (le l'expression. Je sub bien éloigné de croire que toutes ces cbosci* se rencontrent dans mon ouvrage; mais aussi Je ne puis croire qne le public me sache mauvais gré de lui avoir donné une tragédie qui a ('té honorée de tant de larmes, et dont la treutlème représentation a t^té aussi suivie que la première.
Ce n'est pa« que quelques personnes ne m'aient reproché cette même Vimpllcité que J'avais recherchée avec tant de soin. Ils ont cru qu'une tragédie qul> était si peu chargée d'intrigues ne pouvait être selon les règles du théâtre. Je m'Informai slls se plaignaient qu'elle les eût ennuyés. On me dit qu'ils avouaient tous qu'elle n'ennuyait point, qu'elle les touchait même en plusieurs endroits , et qu'ils la verraient encore avec pblslr. Que vcuIcnt-Us davantage? Je les conjure d'avoir assez bonne opinion d'eux-mêmes pour ne pas cralrc qu'une pièce qui les touche et i|ol leur donne du plaisir puisse eire aosolument contre les règles. La principale règle est de plaire et de toucher : toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. Mais toutes ces règles sont (l'an long détail , dont Je ne leur conseille pas de s'embarrasser : ils ont des occupations plus Importantes. Qu'ils se reposent sur nous de la fali- Ruc d'édaircir les difflcultés de la poétique d'ArIstote ; qu'ils se réservent le plaLsir de pleurer et d'être atfeendrls ; et qu'ils me permettent de leur (lire ce qu'on musicien disait h Plillippe , roi de Macédoine , qui prétendait qu'une chanson n'était pas selon les règles : « A Dieu ne plaise , X selgncar , que vous soyez Jamais si malheureux que de savoir ces chosr*.s « \h mieux que moi ! »
Voilà tout ce que J'ai à dire à ces personnes , à qui Je ferai toujours slolre de plaire : car pour le libelle que l'on a fait contre moi , Je croîs qae les lecteurs me dispenseront volontiers d'y répondre. Et «pie répondrais-Je à un homme qui ne pense rien, et qui ne sait pas même construire ce qu'il pense ? Il parle de protase comme s'il entendait ce mot, et vent que oette première des quatre parties dr la tragédie soil toujours la plus proche de la dernière, qui est la catastrophe, il se plaint que la trop grande connaissance des règles l'empêche de se divertir ft la comédie. Certainement , si l'on en Juge par sa dissertation , il n'y cnt Jamais de plainte plus mal fondée. Il parait bien qu'il n'a Jamais la Sophocle qu'il loue très-injustement d'une g rande multtpUeité d'inct • 'lents; et qu'il n'a même Jamais rien lu delà poétique, que dans quelques préfaces de tragédies. Mais Je lui pardonne de ne pas savoir les règles dti théâtre, puisqu'hcureusement pour le public il ne s'applique pas à ce ffcDre d'écrire. Ce qne Je ne lui pardonne pas , c'est de savoir si peu 1c règles' de la bonne plaisanterie , lui qui ne veut pas dire un mot sans plaisanter. Croll-U réjouir beaucoup les honnêtes gens par ces hélas de poche, ces mesdemoiselles mes règles, cl qu.nutllé d'autres basses n!kc