ACTE V , SCENE Vil
.Te coujure les dieiix d'épuiser tous les coups
Qui pourraient ineuacer une si belle vie
Sur ces jours malheureux que je tous sacrifie.
BÉRÉmCEy se levaut.
Arrêtez, arrêtez! Princes trop généreux , En qudle extrémité Tne jetez-vous Ions deux ! Soit que Je vous regarde , ou que je l'envisage , Partout du désespoir je rencontre Timage; Je ne vois que des pleurs , et je n'entends parler Que de trouble, d'horreurs, de sang prêt à couler.
(à Tita«.) Mon cœur vous est connu , seigneur, et je puis dira Qu*on ne Ta jamais vu soupirer pour l'empire : La grandeur des Romains . la nourpre des Césars N'a ponit , vous te savez , attire mes regards. J'aimais, seigneur, j'aimais , je voulais être aimée. Ce jour, je l'avouerai , je me suis alarmée ;
ai cru que votre amour aOait finir son cours : Je connais mon erreur, eC vous m'aimez toujours. Voire cœur s'est troublé , j'ai vu couler vos larmes. Bérénice , seigneur, ne vaut point tant d'alarmes , Kl que par votre amour l'univers malheureux , Dans le temps que Titus attire tous ses vœux , Et que de vos vertus il goûte les prémices , voie en un moment entever ses délices.
Je crois, depuis cinq ans jusqu'à ce dernier jour,
ous avoir assuré d'un véritabte amour : Ce n'est pas tout ; je veux , en ce moment funesli* , l'ar un dernier effort couronner tout le reste : le vivrai , je suivrai vos ordres absolus. Adieu, seigneur. Régnez : je ne vous verrai plus.
(à Anttocbus.)
IMnce , après cet adieu , vous jugez bien volJs-nl«^lne Que je ne consens pas de quitter ce que j'aime Pour aller loin de Rome écouter d'autres vœux. Vivez, et faites- vous un effort généreux. Sur Titus et sur moi réglez votre conduite : Je l'aime , je le fuis ; Titus m'aime, il me quitte : Portez loin de mes yeux vos soupirs et vos fers. Adieu. Servons tous trois d'exemple à l'univers.
Mb IIÉRÉNICE.
De ramour la plus tendre et la plus mallieiireu&e
Dont il puisse garder l'histoire douloureuse.
Tout est prêt. On m'attend. Ne suivez point mes pas.
(à Titus.)
Pour la dernière fois , adieu . Reigneur.
ANTldOaUS.
Hélaitt
PREFACE DE BÂJÂZET.
S^Un Ainural , ou SulUn Morat, empereur des Tufc«» celui qui prit fiabjlone en lest, a eu quatre frères. Le premier . c^cst h savoir Osman, fut empereur avant lui » et régna environ trois ans , au bout desquels les lanissaires lui itèrent Tempire et la vie. Le second se nommait Orcan. Amurat , dès les premiers Jours de son rëgae , le 0t étraagler. Le troisIèHM* était BaJazet, prince de grande espérance; et c'est lui qui est le héros de ma tragédie- Amurat , ou par politique , ou par amitié , l'avait épargne jusqu'au siège de Babylone. Après la prise de cette ville, le sultan victorieux envoya un ordre h Constantinople pour le faire mourir; ce qui fut conduit et exécuté à peu près de la manière que Je le représente. Amurat avait encore un frère , qui fut , débats , le sultan Ibrahim , et que ce même Amurat négligea comme uu pr mce stupide qui ne lui donriaH point d'ombrage. Sultan Mahomet, qui règne aujourd'hui, cstflls de cet Ibrahim, et par conséquent neveu de Bajazet.
Les particularités de la mort de Bajazet ne sont eneore dans aucune «tistoire Imprimée. M. le comte de Cézy était ambassadeur à Constantinople lorsque cette aventure tragique arriva dans le séraiL 11 fut ins- Cruit des amours de B^azct , et des Jalousies de la sultane. Il vit mèrae plusieurs fois Bajazet , k qui on permettait de se promener quelquefois à la pointe du sérail, sur le canal de là mer Noire. M. le comte de Cézy disait que c'était un prince d/e bonue mine. lia écrit depuis les circonstances de sa mort; et il y a encore plusieurs personnes de qualité qui se rouviennent de lui en avoir entendu faire le récit lorsqu'il fut de retour ^n France.
Quelques lecteurs pourronts'étonner qu'on ait osé mettre sur la scène me histoire si récente : mais Je n'ai rien vu dans les règles du pol'mc Iramatlque qui dât me détourner de mon entreprise. A la vérité, Je ne lonseillerals pas k uu auteur de prendre pour sujet d'une tragédie me action aussi moderne que celle-ci, si eRe s'éUlt passée dans le >ays oà U veut faire représenter sa tragédie, ni de mettre des héros ur le tbéAtre, qui auraient été connus de la plupart des spectateurs. .es personnages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que nous e regardons d'ordinaire les personnages que nous avons vus de si près. >n peut dire que le respect que l^on a pour les héros augmente à mesure u'ils s'éloignent de no\ia,jiu0or e longinquo reverentia. L'élolgnement es pays répare en quelque sorte la trop grande proximité des temps ; ir le peuple ne met guère de différence entre ce qui est, si J'ose ainsi' arier, à mUle ans de lui. et ce qui en est à mille lieues. Cest ce qui lit , par exemple, que les personnages turcs , quelque modernes qu'ils ►lent, ont de la dignité sur notre théâtre : on les regarde de bonne îure comnae anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes dlffé- ;nte«. Nous avons si peu de commerce avec les princes et les antres ;rsonnes qnl vivent dans le sérail, que nous les considérons, pour nsl dire , comme des gens qui vivent dans un autre siècle que le ^tre.
C'étaU à peu près de cette manière que les Persane étaient ancien.