‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 279 sur 716 · ACTE l, SCÈNE IIX. 3.r · texte numérisé non relu

ACTE l, SCÈNE IIX. 3.r

Âtez-Tonft d'achever yotre ouvrage.

lu Yîzir entendu le langage;

s est cher : sayez-vons si demain

ses jours » seront en votre main ?

1 ce moment Azourat en furie

pour trandier une si beBe vie.

i de son oœor doatez^vous aujourd'hui P

RQXARE.

épondez-voQS, vous qui pariez pour luii*

ATâLTOB.

me ! les soins qu'il a pris pour vous plnir , i avez fait, ce que vous pouvez Taire , ses respects, et surtout vos appas , 3 son coeur ne vous répond-U pas?

vos bontés Vivent dans sa mémoire.

ROXANE

' mou repos que ne le puis-je croire ! ut-il au moins que, pour me consoler , parle pas comme on le foit parler !

sur vos discours pleine de confiance , de son cœur jouissant par avance , 'ai voulu m'assurer de sa foi , u secret amener devant moi.

op d'amour me rend trop difficile :

?ous fatiguer d'un récit inutile , ivais point ce trouble , cette ardeur , ; tant promis un discours trop flalteiir. lui donne et la vie et l'empire , (Certains ne me peuvent snllire.

ATAUDE.

à son amonr qu'allez- vous proposer?

ROXAIIB.

, dès ce jour il me doit épouser.

ATALIDB.

6r! Oh ciel! que prétendez- vous Cairr;?

ROXANE

des sultans l'usage m'est contraire ;

i se sont fait une superbe loi

à l'hymen assujettir leur foi.

le beautés qui briguent leur tcml rosse ,

quelquefois choisir une maîtresse :

Mais, toujours iuquiète avec tous ses appas ,

lilsclaTe , elle reçoit son niaitre dans ses bras;

Et f sans sortir du joug où leur loi la condamiie,

11 faut qu'un fils naissant la déclare sultane.

Amurat plus ardent, et seul jusqu'à ce jour ,

A Ti)ulu que l'on dût ce titre à son amour.

J'en reçus la puissance aussi bien que le titre;

Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre.

Mais ce même Amurat ne me promit jamais

Que l'bymen dût un jour couronner ses bienfaits :

Et moi , qui n'aspirais qu'à cette seule gloire ,

De ses autres bienf^ts j'ai perdu la mémoire.

Toutefois que sert-il de me justifier?

Uajazet , il est vrai, m'a tout fait oubUer :

Malgré tous ses malheurs, plus heureux que sou frère ,

1 1 m'a plu , sans peut-être aspirer à me plaire ;

Femmes, gardes, vizir, pour lui j'ai tout séduit;

En un mot, vous voyez jusqu'où je l'ai conduit

Grâces à mon amour, je me suis bien servie

Du pouvoir qu'Amurat me donna sur sa vie.

Bajazet touche presque au trône des sultans :

11 ne faut plus qu'un pas ; mais c'est où je l'attends.

Malgré tout mon amour , si dans cette journée

11 ne m'attache à lui par un juste hyménée ;

S'il ose m'alléguer une odieuse loi ;

Quand je fais tout pour lui , s'il ne fait tout pour moi;

Dès le même moment , sans songer si je l'aime ,

Sans consulter enfin si je me perds moi-même,

J'abandonne l'ingrat, et le laisse rentrer

Dans l'état malheureux d'où je l'ai su tirer.

Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce :

Sa perte ou son salut dépend de sa réponse.

Je ne vous presse point de vouloir aujourd'hui

Me prêter votre voix pour m'expliquer à lui :

Je veux que, devant moi, sa bouche et son visage .

Me découvrent son cœur, sans me laisser d'ombrage,

Que lui-même , en secret amené dans ces lieux ,

Sans être préparé se présente à mes yeux.

Adieu. Vous saurez tout après celle entrenip.

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