‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 341 sur 716 · ACTE ill, SCÈnE 1. 4r · texte numérisé non relu

ACTE ill, SCÈnE 1. 4r

Achevez cet hymen; et, repassant rEupUrafe , Faites voir à TAsie un autre Mithridate. Que nos tyrans communs en pâlissent d'effroi ; Et que le bruit à Rome en vienne jusqu'à moi.

PHARNACE

Seigneur, je ne tous puis déguiser ma siu-prise. J 'écoute ûYec transport cette grande entreprise ; Je Tadmire; et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des yaincus les armes à la main : Surtout x'admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable. Mais , si J'ose parler ayec shicérité , En êtes-YOUS réduit à cette extrémité?

Pourquoi tenter si loin des courses inutiles , Quand Tos États encor vous offrent tant d'asiles? £t vouloir affronter des travaux infinis , Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis , Que d'un roi qui naguère avec quelque apparence De l'aurore au couchant portait son espérance , Fondait sur trente États son trône florissant , Dont le débris est même un empire puissant? Yons seul , seigneur, vous seul , après quarante années , Pouvez encor lutter contre les destinées. Implacable ennemi de Rome et du repos , Comptez- vous vos soldats pour autant de héros ? Pensez-vous que ces cœurs , tremblants de leur défaite , Fatigués d'une longue et pénible retraite , Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort, et le travail pire que le danger? Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie , Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en fîirie? Sera-t-il moins terrible, et le vaincront-ils mieux , Dans le sein de sa ville , à l'aspect de ses dieux?

Le Parthe vous recherche, et vous demande un gendre. Mais ce Parthe , seigneur, ardent à nous défendra Lorsque tout l'univers semblait nous protéger. D'un gendre sans appui voudra-t-il se charger ? M*ea irai-je, moi seul , rebut de la fortune , Essuyer l'inconstance au Parthe si commime , Et peut-être , pour fruit d'un téméraire amour, Exposer votre nom au mépris de sa cour?

414 MlTHniUATK.

Da moins s'il faut céder, si , contre notre usage , il faut d*un suppliant emprunter le visage. Sans m'enyoyer du Parthe embrasser les genoux , Sans vous-même implorer des rois moindres que vous , Ne pourrions-nous pas prendre une plus sûre voie? Jetons-nous dans les bras «pi'on nous tend avec joie : Rome en votre faveur, facile à s'apaiser...

XIPBARÈS.

Rome , mon frère I Oh ciel ! qu'osez- vous proposer ? Vous voulez que le roi s'abaisse et s'humilie? Qu'il démente en un jour tout le cours de sa vie? Qu'il se fie aux Romains , et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois?

Continuez, seigneur. Tout vaincu que vous êtes, La guerre, k» périls sont vos seules retraites. Rome poursuit en vous un ennemi fatal Plus conjuré contre elle et plus craint qu'Annibal. Tout couvert de son sang, quoi que vous puissiez faire, N^en attendez jamais qu'une paix sanguinaipe , TeDe qu'en un seul jour un ordre de vos mains La donna dans l'Asie à cent mille Romains.

Toutefois épargnez votre tète sacrée :

Vous-même n'allez point de contrée en contrée Montrer aux nations Mithridate détruit , Et de votre grand nom diminuer le bruit. Votre vengeance est juste; il la faut entreprendre : Brûlez le Capitole, et mettez Rome en cendre. Mais c'est assez pour vous d'en ouvrir les chemins : Faites porter ce feu par de plus jeunes mains ; Et , tandis que l'Asie occupera Phamace , De cette autre entreprise honorez mon audaco. Conunandez : laissez-nous , de votre nom suivis , Justifier partout que nous sommes vos fils. Embrasez par nos mains le couchant et l'aurore ; Remplissez l'univers , sans sortir du Bosphore ; Que les Romains , pressés de l'un à l'autre bout , Doutent où vous serez, et vous trouvent partout.

Dès ce même moment ordonnez que je parle. Id tout vous retient ; et moi , tout m'en écarlc : Et, si ce grand dessein surpasse ma valeur, Du moins ce désespoir convient à mon malheur.

ACIX lil, SCÈNE J. 41.^

Trop heureux d'avancer la ûu de ma miaère , J 'irai. . . J'effacerai le crime de ma mère : Seigneur, tous m'en voyez rougir à yq6 genoux ; J'ai lionte de me YOtr si peu digne de voua ; Tout mon sang doit laver une tache si noire. Mais je cherche un trépas utile à votre gloire ; Et Rome , unique ohjet d'un désespoir si beau , Du fils de Mithridate est le digne tombeau.

MrrHRlDATEy fe levaol.

Mon fils , ne parlons phis d'une mère infidèle. Votre p^ est content , il connaît votre zèle , Et ne vous verra point afiûronter de danger Qu'avec vous son amour ne veuille partager : Vous me suivrez ; je veux que rien ne nous sépare.

Et vous, à m'obéir, prince, qu'on se prépare ; Les vaisseaux sont tout prêts : j*ai moi-même ordonné La'snite et l'apparu qui vous est destiné. Arbate , à cet hymen chargé de vous conduire , De votre obéissance aura soin de m'instruira. Allez; et , soutenant l'honneur de vos aïeux , Dans cet embrasseincnt recevez mes adieux.

PHARNACE

Seigneur...

■ITHRmATE.

Ma volonté, prince , vous doit suflin;.

Obéissez. C'est trop vous le fiiire redire.

PHARNAOB.

Seigneiu*, si , pour vous plaire , il ne faut que périr, IMus ardent qu'aucun autre on m'y verra courir : Combattant à vos yeux permettez que je meure.

MlTHRmATB.

Je vous ai commandé de partir tout à l'heure. Mais après ce moment... Prince , vous m'entendez , EX vous êtes perdu si vous me répondez.

PHARNACE

Dnssiez-vous présenter mille morts à ma vue, Je ne saurais chercher une fille inconnue. Ma vie est en vos mains.

MITHRIDATE

Ah I c'est où je t'attende .

Tu ne saurais partir , porfitle ! et je t'entends.

416 MiTHftlDATE.

Je sais pourquoi tu fuis Tliymen où je t'enToie :

f 1 le f&che eu ces lieux d'abandonner ta proie ;

Monime te retient; ton amouf criminel

Prétendait l'arracher à Thymen palemel.

Ni Fardear dont tu sais que je l'ai recherchée,

Ni déjà sur son iront ma couronne attachée,

Ni cet asile m6me où je la fais garder,

Ni mon juste courroux , n'ont pu f intimider.

Traître ! pour les Romains tes lâches complaisances

N'étaient pas à mes yeux d'assez noires ofieuses;

II te manquait encor ces perfides amours.

Pour être le supplice et l'horreur de mes jours.

Loin de f en repentir, je vois sur ton ^ isage

Que ta confusion ne part que de ta rage :

Il te tarde déjà qu'échappé de mes mains

Tu ne coures me perdre , et me vendre aux RoniaiiK.

Mais , avant que partir, je me ferai justice :

Je te l'ai dit. Holà , gardes!

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