SCÈNE II
JOCASTË, ÉTÉOCLE, POLYNICE, ANTIGOMË , HÉMON,
CRÉON
JOCASTE
Me voici donc tantôt au comble de mes vœux , Puisque déjà le ciel vous rassemble tous deux. Vous revoyez un frère , après deux ans d'absence , Dans ce même palais où vous prîtes naissance : Et moi , par un bonheur où je n*osais penser, t/un et Fautre à la fois je vous puis embrasser Commencez donc , mes Gis , cette union si chère ; Et que chacun de vous reconnaisse son frère : Tous deux dans votre frère envisagez vos traits ; Mais, pour en mieux juger, voyez-les de plus près. Surtout que le sang parie et fasse son oflice. Approchez, Étéode; avancez, Polynice...
lié quoi ! loin d'approcher, vous reculez tous deux! D'où vient ce sombre accueil et ces regards fôcheux? N'estrce point que chacun , d'une &me irrésolue , Pour saluer son frère attend qu'il le salue; Et qu'alfectant llionneur de céder le dernier, L'un ni l'antre ne vent s'embrasser le premier i^ Étrange ambition qui n'aspire qu'au crime , Où le plus furieux passe pour magnanime ! Le vainqueur doit rougir en ce combat honteux; Et les premiers vaincus sont les plus généreux. Voyons donc qui des deux aura plus de courage , Qui voudra le premier triompher de sa rage... Quoi ! vous n'en faites rien ! C'est à vous d'avancer,
ACXiS IV , SCÊiNli lU. \.i
Kt » Tenant de si loin , vous devez commencer ; Commencez , Polynice , eoibrassez voire frère; v:t montrez...
éréocLE.
Hé, madame! à quoi bon ce mystère?
Tous ces embrassements ne sont guère à propos : Qa'll parle , qu'A s'explique , et nous laisse en repos.
POLTMICB.
Quoi! faut-il davantage expliquer mes pensées? Oq les peut découvrir par les choses passées : f^a guerre , les combats , tuit de sang r^ndu , Tout cda dit assez que le trône m'est dû.
ÉTÉOCLE
Et ces mêmes combats , et cette même guerre , Ce sang qui tant de fois à fait rougir la terre. Tout cela dit assez que le trône est à moi; Et, tant que je respire , il ne peut être à toi.
POLTNICE.
Tu sais qu'injustement tu remplis cette place.
érÉOGLE.
L'injustice me platt pourvu que je t'en chasse.
POLTNICE.
Si In n'en veux sorlir, tu pourras en tomber.
ÉrÉOCLE.
Si je tombe , avec moi tu pourras succomber.
iOCASTB.
Oh dieux! que je me vois cruellement déçue!
M'avais-je tant pressé cette fatale vue ,
Que pour les désunir encor plus que jamais?
Ah mes fils! est-ce là comme on parle de paix?
Quittez, au nom des dieux , ces tragiques pensées ;
Ne renouvelez point vos discordes passées :
Vous n'êtes pas ici dans un champ inhumain^
Est<e moi qui vous noets les armes à la main?
Considérez ces lieux où vous prîtes naissance ;
Leur aspect sur vos cœurs n'a-t-fl point de puissance?
C'est id que tous deux vous reçûtes le jour ;
Tout ne vous parle ici que de paix et d'amour :
Ces princes , votre sœur, tout condamne vos haines ;
Enfin moi, qui pour tous pris toujouiis tant de peines,
Qû , pour vous réunir» immolerais... Hélasl
Ils détournent la tète, et ne m*écoatent pas! Tous deux pour s'attendrir ils ont Tftme trop dure ; Us ne connaissent plus la voix de la nature !
(à Polynice.) Et vous , que je croyais plus doux et plus soumis. . .
POLTNICE.
Je ne veux rien de lui que ce qu'il m'a promis : U ne saurait régner sans se rendre paijurc.
JOCASTE
(Jne extrême justice est souvent une injure.
Le trône vous est dû , je n'en saurais douter ;
Mais vous le renversez en voulant y monter.
Ne vous lassez-vous point de cette affreuse guerre^
\oulez-vous sans pitié désoler cette terre »
Détruire cet empire afin de le gagner!^
Est-ce àoac sur des morts que vous voulez régnera
Thèbes avec raison craint le règne d'un prince
Qui de fleuves de sang Inonde sa province :
Voudrait^e obéir à votre injuste loi?
Vous êtes son tyran avant qu'être son roi.
Dieux ! si devenant grand souvent on devient pire/
Si la vertu se perd quand on gagne l'empire ,
Lorsque vous régnerez , que serez-vous , hélas !
Si vous êtes cruel quand vous ne régnez pas?
POLYNICE
Ah t si je suis cruel , on me force de l'être^ Et de mes actions je ne suis pas le maître. J*ai honte des horreurs où je me vois contraint; Et c'est injustement que le peuple me craint. Mais il fout en effet soulager ma patrie ; Do ses gémissements mon âme est attendrie. Trop de sang innocent se verse tous les jours; Il faut de ses malheurs que j'arrête le cours ; £t, sans faire gémir ni Thèbes ni la Grèce , A l'auteur de mes maux il faut que je*m 'adresse : n suffit aujourd'hui de s/m sang ou du mien.
JOGÀSTE.
Du sang de votre frère?
POLTMICE.
Oui, madame, du sien:
11 faut finir ainsi cette gnerre iuliumaine.