‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 392 sur 716 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Madame? HAtez-Tons d'acheyer votre ouvrage.

Vous avez du vizir entendit le langage;

Bajazet vous est cher : savez-votis si demain

Sa liberté , ses jours » seront en votre main ?

Peut-être en ce moment Aznurat en finie

S'approche pour trancher une si beHe vie.

Et pourquoi de son oœor doutez-vons aujourd'hui P

Mais m*eu répondez*voo8, vous qui pariez pour Mf

ATAUDB.

Quoi , madame I les soins qu'il a pris pour vous plnir , Ce que vous avez fait , ce que vous pouvez finire , Ses périls , ses respects , et surtout vos appas , Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas? Croyez que vos bontés vivent dans sa mémoire.

ROXANE

Hélas 1 pour mou repos que ne le puis-je croire ! Pourquoi faut-il au moins que, pour me consoler , L'ingrat ne |>arle pas conune on le fait parler ! Viugt fois y sur vos discours pleine de confiance , Du trouble de sou cceur jouissant par avance , Moi-môme j'ai voulu m'assurer de sa foi , Et l'ai l^t en secret amener devant moi. Peut^tre trop d'amour me rend trop difficile : Mais f sans vous fatiguer d'un récit inutile. Je ne retrouvais point ce trouble , cette ardeur , Que m'avait tant promis un discours trop flaltciir. Enfin , si je lui donne et la vie et l'empire , Ces gages incertains ne me peuvent snflire.

AT4LIDE.

Quoi donci à son amour qu'allez- vous profioser?

BOXAÏIE.

S'il m'aime , dès ce jour il me doit épouser. Vous épouser! Oh ciel ! que prétendez- vous (aire?

ROXANE

Je sais que des sultans l'usage m'est contraire ; Je Bais qu'ils se sont fait une superbe lot De ne point à l'hymen assujettir leur foi. Parmi tant de beautés qui briguent leur tcudnîsse , lis (laign(>nt quelquefois choisir une maîtresse :

Mais, toujours iuquiète avec lous ses appas ,

EsclaTo , elle reçoit son mattre dans ses twas ;

Et, sans sortir du joug oh leur loi la condamue.

Il faut qu'un fils naissant la déclare sultane.

Arourat plus ardent , et seul jusqu'à ce jour ^

A voulu que Ton dût ce titre à son amour.

J'en reçus la piôssanceanssi bien que le titre;

Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre.

Mais ce même Amoral ne me promit jamais

Que l'hymen dût un jour couronner ses bienfaits :

Et moi , qui n'aspirais qu'à cette seule i^oirey

l)e ses autres bienf^ts j'ai perdu la mémoire.

Toutefois que seriâ de me justifier ?

Uajaiet , il est yrai, m'a tout ftit oublier :

Malgré tous ses malbeors, plus beoreux que sou frère ,

Il m'a plUy sans peut-être aspirer à me plaire ;

Fenmies, gardes, vizir, pour lui j'ai toutsédnit^

En un mot , vous voyez jusqu'où je l'ai conduit

Grâces à mon amour , je me suis bien servie

Du pouvoir qu'Amurat me donna snr sa vie .

Bajaiel touche presque au trtoe des sultans :

H ne faut plus qu'un pas ; mais c^est où je l'attendk

Malgré tout mon amour , si dans cette journée

Il ne m'attache à lui par un juste hyménée;

S'il ose m'alléguer une odieuse loi;

Quand je fais tout pour lui , s'il ne fait tout pour moa;

Dès le même moment, sans songer si je rairae,

Sans consulter enfin si je me perds moi-même.

J'abandonne l'ingrat, et le basse rentrer

Dans l'état malheureux d'où je Tai su tirer.

Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce :

Sa perte ou son salut dépend de sa réponse.

Je ne vous presse poiot de vouloir aujourd'hui

Me prêter votre voix pour m'expliquer à lui :

Je veux que, devant moi, sa bouche et son visage .

Me découvrent son cœur, sans me laisser d ombrage,

Que lui-même, en secret amené dans ces lieux ,

Sans être préparé se présente à mes yeux.

Adteii. Vous saiirei tout après cette entrevue.

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