ACTE I, SCÈNE III
Madame? HAtez-Tons d'acheyer votre ouvrage.
Vous avez du vizir entendit le langage;
Bajazet vous est cher : savez-votis si demain
Sa liberté , ses jours » seront en votre main ?
Peut-être en ce moment Aznurat en finie
S'approche pour trancher une si beHe vie.
Et pourquoi de son oœor doutez-vons aujourd'hui P
Mais m*eu répondez*voo8, vous qui pariez pour Mf
ATAUDB.
Quoi , madame I les soins qu'il a pris pour vous plnir , Ce que vous avez fait , ce que vous pouvez finire , Ses périls , ses respects , et surtout vos appas , Tout cela de son cœur ne vous répond-il pas? Croyez que vos bontés vivent dans sa mémoire.
ROXANE
Hélas 1 pour mou repos que ne le puis-je croire ! Pourquoi faut-il au moins que, pour me consoler , L'ingrat ne |>arle pas conune on le fait parler ! Viugt fois y sur vos discours pleine de confiance , Du trouble de sou cceur jouissant par avance , Moi-môme j'ai voulu m'assurer de sa foi , Et l'ai l^t en secret amener devant moi. Peut^tre trop d'amour me rend trop difficile : Mais f sans vous fatiguer d'un récit inutile. Je ne retrouvais point ce trouble , cette ardeur , Que m'avait tant promis un discours trop flaltciir. Enfin , si je lui donne et la vie et l'empire , Ces gages incertains ne me peuvent snflire.
AT4LIDE.
Quoi donci à son amour qu'allez- vous profioser?
BOXAÏIE.
S'il m'aime , dès ce jour il me doit épouser. Vous épouser! Oh ciel ! que prétendez- vous (aire?
ROXANE
Je sais que des sultans l'usage m'est contraire ; Je Bais qu'ils se sont fait une superbe lot De ne point à l'hymen assujettir leur foi. Parmi tant de beautés qui briguent leur tcudnîsse , lis (laign(>nt quelquefois choisir une maîtresse :
Mais, toujours iuquiète avec lous ses appas ,
EsclaTo , elle reçoit son mattre dans ses twas ;
Et, sans sortir du joug oh leur loi la condamue.
Il faut qu'un fils naissant la déclare sultane.
Arourat plus ardent , et seul jusqu'à ce jour ^
A voulu que Ton dût ce titre à son amour.
J'en reçus la piôssanceanssi bien que le titre;
Et des jours de son frère il me laissa l'arbitre.
Mais ce même Amoral ne me promit jamais
Que l'hymen dût un jour couronner ses bienfaits :
Et moi , qui n'aspirais qu'à cette seule i^oirey
l)e ses autres bienf^ts j'ai perdu la mémoire.
Toutefois que seriâ de me justifier ?
Uajaiet , il est yrai, m'a tout ftit oublier :
Malgré tous ses malbeors, plus beoreux que sou frère ,
Il m'a plUy sans peut-être aspirer à me plaire ;
Fenmies, gardes, vizir, pour lui j'ai toutsédnit^
En un mot , vous voyez jusqu'où je l'ai conduit
Grâces à mon amour , je me suis bien servie
Du pouvoir qu'Amurat me donna snr sa vie .
Bajaiel touche presque au trtoe des sultans :
H ne faut plus qu'un pas ; mais c^est où je l'attendk
Malgré tout mon amour , si dans cette journée
Il ne m'attache à lui par un juste hyménée;
S'il ose m'alléguer une odieuse loi;
Quand je fais tout pour lui , s'il ne fait tout pour moa;
Dès le même moment, sans songer si je rairae,
Sans consulter enfin si je me perds moi-même.
J'abandonne l'ingrat, et le basse rentrer
Dans l'état malheureux d'où je Tai su tirer.
Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce :
Sa perte ou son salut dépend de sa réponse.
Je ne vous presse poiot de vouloir aujourd'hui
Me prêter votre voix pour m'expliquer à lui :
Je veux que, devant moi, sa bouche et son visage .
Me découvrent son cœur, sans me laisser d ombrage,
Que lui-même, en secret amené dans ces lieux ,
Sans être préparé se présente à mes yeux.
Adteii. Vous saiirei tout après cette entrevue.