‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 4 sur 716 · NOTICE SUR LA VIE · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LA VIE

Aiiinnl qu'un homme assis au rivage des mers Voit 'd'un roc élevé d'espace dans les airs , A utanttles immortels les coursiers intrépides En franchissent d'un saut.

ÀNDROMAi^E, « pièce admirable, à quelques scènes de coquetterie près ( ' ) , » excita le même enthousiasme que i.E Cm, et ne le méritait pas moins. Les applaudissements que Racine reçut à cette occasion étaient d'autant plus flatteurs , que de nouveaux; succès dans une carrière que Corneille avait parcourue av^tant de gloire étaient nécessairement plus difficiles à obtenir. Lorsqu'un art ou une science a déjà fait de grands progrès chez un peuple , il faut plus de sagacité, plus de génie, pour reculer d'un pas les limites de cet art on de cette science , qu'il n'en fallait aux premiers in* venteurs pour porter l'un ou l'autre au point où ils l'ont laissé.

Un fait assez singulier, c'est que dans le privilège d'ANBRo- NAQUE on donne à Racine le titre de Prieur de l'Epinay : mais il n'en jouit pas longtemps; le bénéfice lui fut disputé, et il n'en retira pour tout fniit qu'un proches que ni lui ni ses juges n'entendirent jamais , comme il le dit dans la préface des Plaideurs, dont ce procès fut en partie l'occasion on le prétexte.

Britannicus suivît de près Andromaque; mais sa destinée ne fut pas aussi heureuse. Soit que les amis de Corneille, trop cxclusife sans doute , et par une suite de cette intolérance qui ^ domme plus ou moins dans toutes les opinions quel qu'en soit ^ l'objet , aient étouffé par leurs critiques malignes et insidieuses la voix presque toujours faible et timide de la louange ; soit plutôt que les beautés dont la pièce de Racine étincelle eussent un caractère trop sévère , trop antique pour le temps où elle parut, et qu'il en soit en littérature comme en politique, où , même pour les meilleures choses , il est nécessaire que les esprits soient préparés; il est certain qu'on ne sentit pas d'abord le mérite de Britannicus. Cette pièce , un des plus estimables ouvrages de Racine, x où l'on trouve, dit Voltaire, toute l'é* nergie de Tacite exprimée dans des vers dignes de Virgile , » Tut reçue très froidement , et ne réussit même que dans un temps où ce succès trop attendu devait peu 'le flatter, et ne pouvait presque rien ajouter à sa réputation.

Il avoue dans sa préface, avec cette candeur et cette modes-

(0 C'est le Jugement que Voltaire en porte.

ET LES OtVAAGUlS DE RACINE. i

tîe qu'on ne trouve que dans les hommesd'un tatoit supérieur, qu'il doit beaucoup à Tacite, qu'il appelle mènoe le plus grand peintre de Tantiquîté. On voit avec plaisir un juge aussi éclairé» et d'un goût aussi correct, aussi pur que Racine, rendre cette justice à Tacite. Mais ce qui lait seul l'éloge de cet excellent liistorien, c'est que partout où Racine s'est proposé de l'imiter, il est resté au-dessous de lui , et que ces imitations , souvent aussi heureuses que le génie si différent des deux langues ie comporte, et qu'une traduction en vers le permet, sont peut-être les plus beaux endroits de Britàmniccs, où, conune Racine le remarque, « il n'y a presque pas un trait éclatant dont Tacite ne lui ait donné l'idée. »

Je n'entrerai dans aucun détail sur les autres pièces de Racine : il suRit d'observer en général qu'elles eurent le sort de tous les bons ouvrages, c'estrà-dire qu'eRes furent critiquées avec autant de fiel que d'ignorance par les Zoïles du temps , et justement admirées des vrais connaisseurs , les seuls hommes dont le suffrage entraîne tôt ou tard cdui de la nation , et dont la voix se fasse entendre dans l'avenir.

Après avoir donné en six ans dnq tragédies, dont la plus faible est écrite avec une élégance , un charme qui fait presque disparaître ou pardonner la langueur et la monotonie du seul sentiment qui y règne , Racine renonça à la poésie, et termina en 1677 sa carrière dramatique par la trag^e de PnènRE. 11 avait pour cette pièce une prédilection fondée sur d'assez fortes raisons : il disait même que s'il avait produit quelque cliose de parfait, c'était Phèdre. Pour moi , il me semble que cette perfection qu'il cherchait , et dont personne n'a plus approdié que lui , se trouve d'une manière plus sensible et plus frappante dans Iphigénie , quoique le caractère de Phèdre , que Voltaire appelle » le chef-d'œuvre de l'esprit humain , el le modèle éternel , mais inimitable , de quiconque voudra jamais écrire en vers, » soit incontestablement le plus tragique et le plus sublime qu'il y ait au théâtre.

Radne fut reçu à l'Académie française en 1673, et y remplaça la Mothe le Vayer. Quelques années après , il fut nommé avec Boileau historiographe du roi. M. de Valincour prétend avec beaucoup de vraisemblance « qu'après avoir longteni[)S essayé ce travail , ils sentirent qu'il était tout à fait opposé à leur génie. » C'est que pour bien écrire riiistoîre il ne suffît p«is d'être bon pocte, il faut un talent pciit-^lre aussi rare, el ([iic

Page 1