‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 406 sur 716 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BAJAZET, ATAUD£, ZAÏRE.

C'en est fait , j'ai parlé , vous êtes obéic.

Vous iravez plos , madame , à craindre pour nia Tîe ;

£t je serais heureux , si la foi , si l'honneiir,

Ne me reprochaient point mon injuste bonheur ;

Si mon coeur, dont le trouble en secret me condamne ,

Pouvait me pardonner aussi bien que Roxane.

Mais enfin je me vois les armes à la main :

Je suis libre ; et je puis contre un frère inhumain ,

Non plus par un sitence aidé de votre adresse ,

Disputer en ces lieux le cœur de sa maîtresse ,

Mais par de vrais combats, par de noMea daiHSers ,

Moi-même le cherchant aux cUniats étrangers ,

Lui disputer les coeurs du peuple et de l'armée,

Et pour juge entre nous prendre la renommée.

Que vois*je? qu*avex-votts? Vous pleurez I

Non, seigneur; Je ne murmure point contre votre bonheur : Le ciel , le juste ciel vous devait ce miracle. Vous savez si jamais j'y formai quelque obstacle Tant que j'ai respiré , vos yeux me sont témoins Que votre seul péril occupait tous mes soins ; Kt, puisqu'il ne pouvait finir qu'avec ma vie. C'est sans regret aussi que je la sacrifie. Il est vrai , si le ciel eût écouté mes vœux , Qu'il pouvait m'acoorder un trépas plus heureux ; Vous n'en auriez pas moins épousé ma rivale , Vous pouviez l'assurer de la foi coi^ugale ; Mais vous n'auriez pas joint à ce titre d'époux Tous ces gages d'amour qu*elle a reçus de vous. Roxane s'estimait assez récompensée :

Et j'aurais ai mourant cette douce pensée , Que , vous ayant moi*méme imposé cette loi , Je vous ai vers Roxane envoyé plein de moi; Qu'emportant chez les morts tonte votre tendresse , Ce n'est point un amant en vous que je lui laisse.

Que parlez- vous, madame, et d'époux et d'amant? Oh dell de ce discours quel est le fondement? Qui peut voua avoir fait ce récit infidèle? Moi , j'aimerais Roxane , ou je vivrais pour elle , Madame t Ah ! croyez- vous que, loin de le penser.

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Ma bouche seulement eût pu le prononcer? Mais Tun ni l'autre enfin n'était point nécessaiiv. La sultane a suivi son penctiant ordinaire ; Et y soit qu'elle ait d'abord expliqué mon retour Comme un gage certain qui marquait mou amour, Soit que le temps trop cher la pressât de se rendre', A peine ai-je parlé, que, sans presque m'entendre , Ses pleurs précipités ont coupé mes discours : KUe met dans ma main sa fortune-, ses jours , Kt , se fiant enfin à ma reconnaissance , D'un hymen infaillible a formé l'espérance. Moi-même , roi^issant de sa crédulité ,

Et d'un amour si tendre et si peu mérité , Dans ma confusion , que Roxane, madame ,

Attribuait encore à l'excès de ma flamme , .

le me trouvais barbare , injuste , criminel.

Croyez qu'il m'a fallu , dans ce moment cruel ,

Pour garder jusqu'au bout un silence perfide.

Rappeler tout l'amour que j'ai pour Ataiidc.

Cependant , quand je viens , après de tels cflbrls ,

Cherclier quelque secours contre tous mes remords ,

Vous-même contre moi je vous voi» , irritée.

Reprocher votre mort à mon àme agitée ;

Je vois enfin , je vois qu'en ce même moment

Tout ce que je vous dis vous touche faiblement. Madame, finissons et mon trouble et le vôtre :

Ne nous affligeons point vainement l'un et l'autre.

Roxane n'est pas loin : laissez agir ma foi ;

J'irai , bien plus content et de vous et de moi ,

Détromper son amour d'une feinte forcée ,

Que je n'allais tantôt déguiser ma pensée.

La voici.

ATALIDE

Juste ciel ! où va-t-il s'exposer.' Si vous m'aimez , gardez de la désabuser.

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