‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 428 sur 716 · ACTE V, SCÈMë VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈMë VI

Du soin de mon amour sailoment occupée ,

Quand j'ai va BtiBiti^ loin de tous <d)élr,

Je n'ai dans mes discours songé qu'à tous trahir.

Je l'aimai dès Fenfance; et dès ce temps, nMdame«

J'ayais par mille soins su préyenir son ftoie.

La sultane sa mère , ignorant rayenir.

Hélas! pour son malheur, se plot à nous unir.

Vous TaimAtes depuis , plus heureux l'un et l'autre ,

Si y connaissant mon cœur, on me cachant le vdtre ,

Votre amour de la mienne eût su «e défier !

Je ne me noirds pohit pour le justifier.

Je jure par le del qui me yoit confondue ,

Par ces grands Ottomans dont je suis descendue ,

Et qui tous ayec moi yous parlent à genoux

Pour le plus pur du sang qu'ils ont transmis en nous ;

Bajazet , à yos soins tdt ou tard plus sensible ,

Madame , à tant d'attraits n'était pas inyincîMe.

Jalouse , et toujours prête à lui représenter

Tout ce que je croyais digne de l'arrêter.

Je n'ai rien négligé , plaintes , larmes , colère ,

Quelquefois attestant les mitnes de sa mère ;

Ce Jour même , des jours le plus infortuné ,

Lui reprochant l'esponr qu'A yous ayait donné ,

Et de ma mort enfin le prenant à partie ,

Mon importune ardeur ne s'est point ralentie

Qu'arrachant malgré lui des gages de sa foi

Je ne sois paryenue à le perdre ayec moi.

Afais pourquoi yos bontés seraient-elles lassées ? Ne yous arrêtez point à ses froideurs passées; C'est moi qui l'y forçai. Les nœuds que j'ai rompus Se rejoindront bientôt quand je ne serai pins. Quelque peine pourtant qui soit due à mon crime , N'ordonnez pas yous-même une mort légitime , Et ne yous montrez point à son cœur éperdu Couverte de mon sang par vos mains répandu : D'un cœur trop tendre encore épargnez la foiblesse. Vouspouyez de mon sort me laisser la maîtresse , Madame; mon trépas n'en sera pas moins prompt. Jouissez d'un bonheur dont ma mort vous répond ; Couronnez un héros dont yous serez chérie : J'aurai soin de ma mort ; prenez soin de sa yie

380 BAJAZ£T.

AUet , madame « ail» : avant Totie retour. J'aurai d'une rivale affiranchi votre amonr.

nOXAHB.

Je ne mérite pat on ai grand sacrifice 7 Je me connais y madame y et je me fiiis jofiUce. Loin de vous séparer, je prétends aiyourd'hui Par des nœuds étemels vous unir avec lui : Vous jouira bientét de son aimable vue. Leveirvous. Hais que veut Zatime tout émue ?

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