‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 483 sur 716 · ACTE I, SCÊNë I. 44a · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÊNë I. 44a

ARCAS

El depuis quand , seigneur, tencz-Tous ce langage? Comblé de tant d'honneurs, par quel secret outrage (..es dieux , à vos désirs toujours si oon^itlaisants , Vous font-ils méconnaître et luâr leurs présents? Roi y père, époux heureux , fils du puissant Âtrée, Vous possédez des Grecs la plus riche contrée : Du sang de Jufnter issu de tous e^Més , L'hymen tous lie encore aux dieux dont vous sortez; Le jeune Âchflle enfin , Tante par tant d'oracles , Achille , à qui le ciel promet tant de miracles , Recherche votre fille , et d'an hymen si beau Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau. Quelle g|k>ire, sdgneur, quds triomphes égalent Le spectacle pompeux que ces bords tous étalent. Tous ces mOle Taisseanx qui , chargés de vingt rois , N'attendent que les vents pour partir sous vos lois ^ Ce long calme, il est vrai , retarde vos conquêtes ; Ces vents , depuis trois mois enchaînés sur nos têtes , D'Ilion trop longtemps vous ferment le chemin : Mais , parmi tant d'honneurs , vous êtes homme enfin ; Tandîs que vous vivrez , le sort, qfti toujours change , Ne vous a point promis un bonheur sans mélange. Bientôt... Mais quels malheurs dans ce billet tracés Vous arrachent, seigneur, les pleurs que vous versez ? Votre Oreste au berceau va-t-iï finir sa vie? Pleurez-vous Clytemnestre, ou bien Iphigénie? Qu'est-ce qu'on vous écrit? daignez m'en avertir.

AGAMEHNON.

Nqn, tu ne mourras point , je n'y puis consentir.

ARCAS

Seigneur...

AGAMEHNON.

Tu vois mon trouble ; apprends ce qui le cause ; Et juge s'il est temps , ami , que je repose.

Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos yaisaeaux par les vents semblaient être appelés. Nous partions ; et déjà , par mille cris de joie , Nous menacions de loin les rivages de Troie. Un prodige étonnant fit taire ce transport : Le vent qui nous flattait nous laissa dans le pert.

444 IPHIGÉNIE

11 fallut s*arréter; et la rame inutile. Fatigua vainement une mer inunobile.

Ce miracle inou\me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux : Suivi de Ménélas , de Nestor, et d'Ulysse , J'ofTris sur ses autds un secret sacrifice. Quelle fut sa réponse ! et quel devins-je » Arcas , Quand j'entendis ces mots prononcés par Caldias I

Vous armez contre Troie une puissance value , Si , dans un sacrifice auguste et solennel ,

Une fille du sang d'Hélène - De Diane en ces lieux n^ensanglante Tantel. Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie ,

Sacrifiez Iphigénie.

AKCAS.

Votre fille I

AGAMEMNON

Surpris , conune tu peux penser.

Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer Je demeurai sans voix , et n*en repris l'usage Que par mille sanglots qui %e firent passage. Je condamnai les dieux, et, sans plus rien ouïr. Fis vœu, sur leurs autels, de leur désobéir. Que n'en croyais-je alors ma tendresse alarmée 1 Je voulais sur-le-champ congédier l'armée. Ulysse, ea apparence approuvant mes discours. De ce premier torrent laissa passer le cours; Mais bientôt , rappelant sa cruelle industrie , 11 me représenta l'honneur et la patrie. Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis, Et l'empire d'Asie à la Grèce promis; De quel front, immolant tout l'État à ma fille , Uoi 3308 gloire, j'irais vieillir dans ma famille. Moi-même , je l'avoue avec quelque pudeur, Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur, Ces noms de roi des rois et de chef de la Grèce ChatouiUaient de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse. Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuits Dès qu'un léger sommeil suspendait mes ennuis , Vengeant de leurs autels le sanglant privilège,

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