‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 485 sur 716 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

A6AICEMN0N, ACHILLE, ULYSSE.

AGAMEHNON.

Quoi ! seigneur, se peutril que d'un cours si rapide La victoire tous ait ramené dans l'Aulide ? D'un courage naissant sont-ce là les essais ? Quels triomphes suivront de si nobles succès ! La Thessalie entière, ou vaincue ou calmée , Lesbos même conquise en attendant l'armée , De toute autre valeur étemels monuments , Ne sont d'Achille oisif que les amusements.

AGHIIXB.

Seigneur, honcnneE moins une faible conquête : Et que puisse bientôt le del qui nous arrête Ouvrir un champ plus noble à ce cœur exdCé Par le prix glorieux dont vous l'avez flatté ! Mais cependant, seigneur, que iaut-fl que je croie D'un bruit qui me surprend et me comble de joie ? Da^ez-vous avancer le succès de mes vœux ? Et bientôt des mortels suis-je le plus heureux ? On dit qulphigénie , en ces lieux amenée , Doit bientôt à son sort unir ma destinée.

AGAMRMNON.

Ma fille? Qui vous dit qu*6n la doit amener?

ACHILLE

Seigneur, qu'a donc ce bruit qui vous doive étonner^

AGAHElUfON , à Uljue.

Juste ciel ! saurait-il mon funeste artifice?

ULYSSE

Sagneur, Agamemnon s'étonne avec justice. Songez-vous aux malheurs qui nous menacent toiis:^ Oh ciel ! pour un hymen qud temps clioisissez-Yousi' Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et consume l'armée; Tandis que, pour fléchir l'inclémence des dieux , 11 faut du sang peut-être, et du plus précieux , AdiiUe seul , Achille à son amour s'applique! Voudrait-il insulter à la crainte publique , Et que le chef des Grecs , irritant les destina»

44 ft IPHIGÉNIE.

Prépar&t d*un hymen la pompe et les festins? Ah ! fleignear, est-ce ainsi que Totre âme attendrie Plaint le malheur des Grecs , et chérit la patrie ?

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effets feront foi Qui la chérit le plus ou d'Ulysse ou de moi : Jusque-là je tous laisse étaler totrê zèle ; Vous pouvez à loisir foire des vceux pour elle. Remplissez les autels d'offirandes et de sang ;^ Des YicUmes yoD»<R}ème interrogez le flanc , Du silence des yents demandez4eur la cause : Mais moi , qui de ce soin sur Calchas me repose. Souffrez y sdgneur, souffirez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sauraient s'irriter. Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive. Je rejoindrai bientôt les Grecs sùTcette rive : J'aurais trop de regret si quelque antre guerrier Au rivage troyen descendait le premier.

AGAMEIIK0I<1

O ciel, pourquoi faut-il que ta secrète oivie Ferme à de tds héros le chemin de l'Asie.' N'aurai-je vu brilier cette noble chaleur Que pour m'en retourner avec pins de douleur .'

VLTSSE. «

Dieux ! qu'est-ce que j'entends?

ACmLLE.

Seigneur, qu'osez- vous dire?

AGAHEHNOlf.

Qu'il faut, princes , qu'il faut que chacun se retire; Que , d'un crédule espoir trop longtemps abusés, Nous attendons les yents qui nous sont refusés. Le ciel protéine Troie ; et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages.

ACmLLE.

Quels présages affreux nous marquent son courroux?

AGAHEHNOff.

Vous-même consultez ce qu'il prédit de vous. Que sert de se flatter? on sait qu'à votre tète Les dieux ont d'Ilion attaché la confuéte : Mais ou sait que , pour prix d'un triomphe si beau , Us ont aux champs troyens marqué votre tombeau ,*

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