SCÈNE VI
ACHILLE, IPHI6ÉNIE.
AGHIUiE.
Madame , je me tais , et demeure immobile. Est-ce à moi que Ton parie ? et connatt-on Achille? Une mère pour tous croit devoir me prier ! Une reine à mes i»eds' se Tient humilier ! Et , me déshonorant par d'injustes alarmes , Pour attendrir mon cœur on a recours aux larmes ! Qui doit prendre à tos jours plus d'intérêt que moi? Ahi sans doute, on s'en peut reposer sur ma foi. L'outrage me rcjgi)^® > ^ t Quoî qu'on entreprenne , Je réponds d'une Tie où j'attache la mienne. Mais ma juste douleur Ta plus loin m'oigager : C'est peu de tous défendre , et je cours tous venger. Et punir à la fois le cruel strati^gème Qui s'ose de mon nom armer contre Tous-méme.
IPHIGÉNIE
Ah! demeurez, seigneur, et daignez m'écoùter.
ACHILLE
Quoi ! madame, un barbare osera m'insulterl
•ACTE m, SCÈNE VJ. 473
Il Toit que de sa sœur je cours renger Toutrage ;
n sait que , le premier lui donnant mon suffrage ,
Je le fis nommer chef de vingt rois ses ri ?aax ,
Et y pour fruit de mes soins , pour fruit de mes travaux ,
Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire
Qui le doit enrichir, venger, combler de gloire ,
Content et glorieux du nom de votre époux ,
Je ne lui demandais que l'honneur d'être à vous :
Cependant aujourd'hui, sanguinaire, paijure.
C'est peu de violer l'amitié , la nature ,
Cest peu que de vouloir, sous un couteau mortel »
Me montrer votre cœur fumant sur un autel ;
lyun appareil d'hymen couvrant ce sacrifice ,
Il veut que c« soit moi qui vous mène au supplice ,
Que ma crédule main conduise le couteau ,
Qu'au lien de votre ^poux je 8<ms votre bourreau!
£t quel était pour vous ce sanglant hyménée.
Si je fusse arrivé plus tard d'une journée ?
Quoi donc! à leur fureur livrée en ce moment ,
Vous iriez à l'autel me chercher vainement ;
Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée.
En accusant mon nom qui vous aurait trompée!
Il faut de ce péril , de cette trahison ,
Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.
A l'honneur d'un époux vous-même intéressée ,
Madame , vous devez approuver ma pensée.
Il fout que le cruel qui m'a pu mépriser
Apprenne de quel nom il osait abuser.
IPHlOâUE.
Hélas! si vous m'aimez; si , pour grâce dernière , Vous daignez d'une amante écouter la prière ; Cest maintenant, seigneur, qu'il faut me le prouver : Car enfin ce cruel que vous allez braver, Cet ennemi barbare, hijuste, sanguinaire, Songez , quoi qu'il ait fait , songez qu'il est mon père.
ACHILLE
Lui , votre père 1 Après son horrible dessein , Je ne le connais plus que pour votre assassin.
IPHIGÉNIE
C'est mon père , seigneur, je vous le dis encore , Mais un père que j'aime , un père que j'adore.
474 IPHIGÉMK.
Qui me chérit loHnème , et dont , jusqu'à ce jour, i e n'ai jamais reçu que des marques d'amour. Mou cœur, dans ce respect élevé dès l'enfance , Ne peut que s'affliger de tout ce qui TofTense ; £t loin d'oser ici , par un prompt changement , Approuver la fureur de votre emportement , Loin que par mes discours je l'attise moi-même , Croyez qu'il faut aimer autant que je vous aime Pour avoir pu souffrir tous les noms odieux Dont votre amour le vient d'outrager à mes yeux . Et pourquoi voulez-vous qu'inhumain et barbare, il ne gémisse pas du coup qu'on me prépare? Quel père de son sang se platt à se priver? Pourquoi me perdrait-il , s'il pouvait me sauver ? J 'ai vu , n'en doutez point , ses larmes se répandre. Faut-fl le condamner avant que de l'entendre P Hélas ! de tant d'horreurs son cœur déjà troublé Doit-il de votre haine être encore accablé?
ACBILtB.
Quoi » madame ! parmi tant de sujets de crainte ,
Ce sont là les frayeurs dont vous êtes atteinte !
Un cruel (comment pnis-je autrement l'appeler?)
Par la main de Calchas s'en va vous immoler ;
Et lorsqu'à sa fureur j'oppose ma tendresse ,
Le soin de son repos est le seul qui vous presse !
On me ferme la bouche ! on l'excuse ! on le plaint !
C'est pour lui que l'on tremble; et c'est moi que l'on craîiil I
Triste effet de mes soins ! est-ce donc là , madame ,
Tout le progrès qu'Achille avait fait dans votre Ame?
IPHIGÉNIE
Ah cruel! cetamour,^ dont vous voulez douter, Ai-je attendu si tard pour le faire éclater? Vous voyez de quel oeil , et comme indifférente J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante : Je n'en ai point pâli. Que n'avez-vous pu voir A quel excès tantôt allait mon désespoir. Quand y presque en arrivant , un récit peu fidèle M'a de votre inconstance annoncé la nouvelle ! Quel trouble , quel torrent de mots injurieux Accusait à la fois les hommes et les dieux I Ah ! que vous auriez vu , sans que je vous le die.