‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 53 sur 716 · PORUS, TAXILE · texte numérisé non relu

PORUS, TAXILE

PORCS

Seigneur, ou je me trompe , ou nos fiers eiuiemis Feront moins de progrès qu'ils ne s'étaient promis. Nos chefs et nos soldats , Ij^rûîant d'impatience , Font lire sur leur front une mâle assurance ; Us s'animent l'un l'autre ; et nos moindres guerriers Se promettent déjà des moissons de lauriers. Tai vu de rang en rang cette ardeur répandue Par des cris généreux éclater à ma vue : * Us se plaignent qu'au Ueu d'éprouyer leur grand cœur. L'oisiveté d'un camp consume leur vigueur. Laisserons-nous languir tant d'Ohistres courages.' Notre ennemi y seigneur, cherche ses avantages , Il se sent faiMe encore ; et , pour nous retenir, Épliestion demande à nous entretenir, Et par de vains discours....

TAXILB.

Seigneur, il faut Tentendre; Nous ignorons encor ce que vent Alexandre : 'Peut-être est-ce la pux qu'il nous veut présenter.

M>RIIS.

La paix ! Ah ! de sa main pourriez- vous l'accepter .> Hé quoi ! nous l'aurons vu , par tant d'horribles guerres , Tri>ubler le calme heureux dont- jouissaient nos terres , Et, le fer à la main, entrer dans nos États Pour attaquer des rois qui ne PofTensaient pas ; Nous l'aurons vu piller des provinces entières , Du sang de nos sujets (aire enfler nos rivières : Et , quand le dd s'apprête à nous l'abandonner, J'attendrai qu'un tyran daigne nous pardonner !

TAXILE

Ne dites point, seigneur, que le ciel l'abandonne; D'un soin toujours égal sa faveur l'environne. Un roi qui fait trembler tant d'États sous ses lois N'est pas un ennemi que méprisent les rois.

PORCS

Loin â» le mépriser j'admire son coura^^fî;

6A ALEXANDRE

Je rends à b» valeur un légitime hommage : Mais je veux à mon tour mériter les tributs Que je me sens foroé de rendre à ses vertus. Oui , je consens qu'au del on élève Alexandre : Mai» si je puis , seigneur, je l'en ferai descendre , Et j'irai l'attaquer jusque sur les autels Que lui dresse en tremblant le reste des mortels. C'est ainsi qu'Alexandre estima tous ces princes D(Mit sa valeur pourtant a conquis les provinces : Si son cœur dans l'Asie eOt montré quelque effroi , Darius en mourant l'aurait-il vu sou roi?

TAXILE

Seigneur, si Darius avait su se connaître , H régnerait encore où règne un autre maître. Cependant cet orgueil qui causa son trépas Avait un fondement que vos mépris n'ont pas : La valeur d'Alexandre à peine était connue; Ce foudre était encore enfermé dans la nue , Dans un calme profond Darius endormi Ignorait Jusqu'au nom d'un si faible ennemi. Il le connut bientôt; et son Ame, étonnée. De tout ce grand pouvoir se vit abandonnée ; 11 se vit terrassé d'un bras victorieux ; Éi la foudre en tombant lui fit ouvrir les yeux.

PORCS

Mais encore , à quel prix croyez-vous qu'Alexandre

Mette l'indigne paix dont il veut vous surprendre?

Demandez-le, seigneur, à cent peuples divers

Que cette paix trompeuse a jetés dans les fers.

Non , ne nous flattons point : sa douceur nous outrage ;

Toujours son amitié traîne un long esclavage ;

En vain on prétendrait n'obéir qu'à demi.

Si l'on n'est son esclave , on est son ennemi.

TAXILE

Seigneur, Sans se montrer lâche ni téméraire , Par quelque vam hommage on peut le satisraire- Flattons par des respects ce prince anihilicux Que son bouillant orgueil appelle en d'autres lieux. C'est un torrent qui passe, et dont la violence Sur tout ce qui l'arrête exerce sa puissance ; Qui , grossi du débris de cciit peuples divers

ACT£ 1, SCES^t: 11. 67

Veut du bruit de son cours remplir tout l*univers. Que sert de Tirriter par un orgueil sauvage? D*uii favorable accudl honorons son passage ; Et , lui cédant des droits que nous reprendrons bieu , Rendons-lui des devoirs qui ne nous coûtent rien.

PORVS.

Qui ne nous coûtent rien, seigneur? Tosez-vous croire?

Compterai-je pour rien la perte de ma gloire ?

Votre empire et le mien seraient trop achetés

S'ils coûtaient à Porus les moindres lâchetés.

Mais croyez-Yous qu'un prince enflé de tant d'audace

De son passage ici ne laissât point de trace?

Combien de rois , brisés à ce funeste écueii ,

Ne régnent plus qu'autant qu'il plaît àlon orgueil !

Nos couronnes , d'abord devenant ses conquêtes ,

Tant que nous régnerions flotteraient sur nos têtea ;

Ei nos sceptres , en ptme à ses mcHudres dédains ,

Dès qu'il aurait parlé tomberaient de nos mains.

Ne dites point qu'il court de province en provmce :

Jamais de ses liais il ne dégage un prince;

Et , pour mieux asservir les peuples sous ses lois ,

Souvent dans la poussière fl leur cherche des rois.

Mais ces indignes soins touchent peu mon courage :

Votre seul intérêt m'inspire ce lavage.

Porus n'a point de part dans tout cet entretien ,

Et quand la gloire parle il n'écoute plus rien.

TAXII4E. ■ J'écoute, comme vous, ce que l'honneur m'inspire* Seigneur ; mais il m'engage à sanver mou empire.

PORUS

Si vous voulez sauver l'un et l'autre aujourd'hui , Prévenons Alexandre , et marclions contre lui.

TAXILE

L'audace et le mépris sont d'infidèles guides.

PORUS

La honte suit de près les courages timides.

TAXILE

Le peuple aime les rois qui savent l'épargif^r.

PORUS

Il enUme encorplus ceux qui savent régner.

TAXU^E.

Ces conseils uc plairont qu'à dc§ âmes hautaines.

M ALEXANDRE.'

Ils plairont à de« rois , et peut-6tre à des rcities.

TAXILB.

La reiue , à vous ouïr, n'a des yeux que pour vous.

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