ACTE V, SCÈNE M
Dans le temple voisin chacun cherche un asile. ' Hippolyte lui seul , digne fils d'un héros , A rrète ses coursiers , saisit ses javelots , ^ Pousse au monstre, et d'un dard lancé d'une main sûre Il lui fait dans le flanc une large blessure. De rage et de douleur le monstre bondissant Vient aux pieds des chevaux toj^ec^ mugissant. Se roule, et leur présente une gîieufe enflammée Qui les couvre de feu , de sang, et de fumée. La frayeur les emporte ; et , sourds à cette fois ,
En elTortslK^uâsiu^leur maître se consume ;
Us rougissent le mors d'une sanglante écume.
On dit qu'on a vu mê^ , en ce désordre affreux ,
Un dieu qui d'âguillons pressait leur flanc poudreux.
A tmv«r|lesrochers la peur les précipite ;
L^Sa^ocneSt se rompt : l'intrépide Hippolyte
Voit voler en éclats tout son bhar fracassé ;
Dans les rênes lui-m^e il tombe embarrassé.
Excusez ma douleur ] cette image cruelle
Sera pour moi de pleurs une source éternelle :
J'ai vu , seigneur, j'ai vu votre malheureux fils
Traîné par les chevaux que sa main a nourris.
11 veut les rappeler, et sa voix les effraie;
Ils courent : tout son corps n'est bientôt qu'une plaie. ,
De nos^ris douloureux la plaine retentit.
Leur [(W^ïï^impétueuse enfin se ralentit :
Us s'arrêtent non loin de ces tombeaux antiques
Où des rois ses aïeux sont les froides reliques.
J'y cours en soupirant , et sa garde me suit ;
De son généreux sang la trace nous conduit ; U u/**^'¥
Les rochers en sont teints; les ronces dégouttantes- ^>^/*/
Portent de ses cheveux les dépouilles sanglantes.
J'arrive , je l'appelle ; et , me tendant la main ,
11 ouvre un œil mourant qu'il referme soudain.
a Le ciel , dit-il , m'arrache une innocente vie. '^' « Prends soin après ma mort de la triste Aricie.
« Ciier ami , à mon père un jour désabusé
- Plaint le malheur d'un fils faussement accusé ,
•. Pour apaiser mon sang et mon ombre plaintive,
« Dis-lui qu'avec douceur il traite sa captive :
« Qu'il lui rende.. . » A ce mot ce héros expiré N*a laissé dans mes bras qa*un corps déliré : Triste objet où^es dieux tffomphe la colère , Et que méconnattraît roeil même de son père.
TBÈSÈB.
O nKm fik! cher espoir que je me sois ravi! Inexorables dien , qui m'aTez trop servi ! A qoelB mortels regrets ma vie est réeorrée!
mâUMÈHB.
La timide Aride est alors arrivée :
Elle Tenaity seigneur, fuyant votre courroux, -
A te face des dieux Faooqpter pour époux.
Elle approche ; elle voit l'herbe rouge et Tumante ;
Elle voit (qud objet pour les yeux d'une amante I)
Hil^lyte étendu , sans forme et sans couleur.
Elle veut quelque temps douter de son malheur ;
Et y ne connaissant plus ce héros qu'dle adore,
Elle voit Hippolyte , et le demande encore.
Mais, trop sûre à la fin qu'il est devant ses yeux ,
Par un triste regard die accuse les dieux;
Et froide, gémissante, et presque inanimée, / . 'j
Aux pieds de son amant elle tombe pftiDéa-' Jr^^^*^^^
Ismène est auprès d'elle; bmène tout on pleurs
La rappelle à la vie, ou plutdt aux douleurs.
Et moi , je suis Tenu , détestant la lumière ,
Vous dire d'un héros la volonté dernière.
Et m'acquitter, seigneur, du malheureux emploi
Dont sou cœur expirant s'est reposé sur moi.
Mais j'aperçois venir sa mortelle ennemie.