‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 636 sur 716 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ASSUÉRUS, HYDASPE, ASAPH

HYOÀSPE.

Seigneur?

A^UÉRUS.

Regarde à celte porte ; Vois s'il s'offre à tes yeux quelque grand de ma cour.

HYDASPE

Aman à votre porte a devancé le jour.

ASSUÉRUS

Qu'il entre. Ses avis m'éclaireront peut-ôtre.

ASSUÉRUS, AMAN, HYDASPE, ASAPH

ASSUÉRUS

Approche, heureux appui du trône de ton maître. Ame de mes conseils , et qui seul tant de fois Du sceptre dans ma main as soulagé le poids. Un reproche secret embarrasse mon âme.

.îe sais combien est pur le zèle qui t'enflamme ; Le mensonge jamais n'entra dans tes discours ; Et mon intérêt seul est le but où tu cours. Dis-moi donc : que doit faire un prince magnanime Qui veut combler d'honneurs un sujet qu'il estime Par quel gage éclatant , et digne d'un grand roi , Puis-je récompenser le mérite et la foi ? Ne donne point de borne à ma reconnaissance ; Mesure tes conseils sur ma vaste puissance.

AMAN, à part.

C'est pour toi-même, Aman , que tu vas prononcer :

&76 ESTH£R

Kt quel autre que toi peut-on récompenser ?

ASSDÉRUS.

Que penseS'tu ?

AMAN

Seigneur, je clierehe, j*euvisagt:

Des monarques persans la conduite et Tusagm : Mais à mes yeux en yain je les rappelle tous ; Pour vous régler sur eux , que sont-il près de vous? Votre règne aux neveux doit servir de modèle. Vous voulez d'un sujet reconnaître le zèle : L'honneur seul peut flatter on e^rit généreux : Je voudrais donc, sdgneur, que ce mortel heureux , De la pourpre aujourd'hui paré comme vous-même . Et portant sur le front le sacré diadème , Sur un de vos coursiers pompeusement orné , Aux yeux de vos sujets dans Suse fût mené : Que , pour comble de gloire et de magnificence , Un seigneur éminent en richesse, en puissance, Enfin de votre empire après vous le premier. Par la bride guidât son superbe coursier ; Et lui-même, marchant en habits magnifiques , Criât à haute voix dans les places publiques : « Mortels , prosternez-vous 1 c'est ainsi que le roi N Honore le mérite , et couronne la foi. »

A88DÉRU&.

Je vois que là sagesse elle-même t'inspire : Avec mes volontés ion sentiment confire. Va , ne perds pomt de temps ; ce que tu m'as dicté , J e veux de poidt en point qu'il soit exécuté : I>a vertu dans l'oubli ne sera plus cachée. Aux portes du palais prends le Juif Mardochée, C'est lui que je prétends honorer aujourd'hui : Ordomie son triomphe , et marche devant lui ; Que Suse par ta voix de son nom retentisse , Et fais à son aspect que tout genou fléchisse Sortez tous.

AMAN , à i>arl.

Dieux!

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