‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 638 sur 716 · DU CHŒUR · texte numérisé non relu

DU CHŒUR

(Estlier entre s^appuyant 'sur Élise: quatre Israélites souticoucnt sa

robe.)

ASSUÉRUS

Sans mon ordre on porte ici ses pas ! Quel mortel insolent vient cherclier le trépas? Gardes... C'est tous, Esther? quoi! sans être attendue?

ESTHER

Mes filles soutenez yotre reine éperdue.

le me meurs. ( EUe tombe cranouic. )

ASSUÉRUS

Dieux puissants ! quelle étrange p&lcur De son teint tout à coup efface la couleur! Esther, que craignez-vous? suis-je pas votre frère? Est-ce pour vous qu'est fait un ordre si sévère? Vivez : le sceptre d'or que vous tend cette main Pour vous de ma clânence est un gage certain.

ESTHER

Quelle voix salutaire ordonne que Je vive. Et rappelle en mou sein mon &me fugitive?

ASSuÉnus.

Ne connaissez-vous pas la voix de votre époux ? Encore un coup , vivez, et revenez à vous.

RACINE. (y

478 ESTUEH.

ESTHER

Seigueur, je n'ai jamais contemplé qu'avec cniiiite L'auguste majesté sur votre front empreinte ; Jugez combien ce front irrité contre moi Dans mon Ame troublée a dû jeter d'efTroi : Sur ce trône sacré qu'environne la foudre rai cru tous voir tout prêt à me réduire en poudra Hélas ! sans frissonner quel cœur audacieux Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux? Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle..*

ÂSSuÉaus.

O soleil ! 6 flambeaux de lumière immortelle ! Je me trouble moi-même ; et sans frémissement Je ne puis voir sa peine et son saisissement. Calmez , reine , calmez la frayeur qui vous presse. Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse.

Éprouvez seulement son ardente amitié.

V aut-il de mes États vous donner la moitié ?

ESTHER

fié ! se peut-il qu'un roi craint de la terre entièrcr. Devant qui tout fléchit et baise la poussière. Jette sur son esclave un regard si serein, Mi m'offre sur son coeur un pouvoir souverain ?

ASSUÉRUS

Croyesb-moi, chère Ësther, ce sceptre, cet empire.

Et ces profonds respects que la terreur inspire ,

A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur ,

Rt fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce

Qui me charme toujours et jamais ne me lasse.

De l'aimable vertu doux et puissants attraits.

Tout respire en Esther l'innocence et la paix :

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres ,

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.

Que dis-je ? sur ce trdne assis auprès de vous.

Des' astres ennemis j'en crains moins le courroux ,

Et crois que votre front prête à mon diadème

Un éclat qui le rend respectable aux dieux même.

Osez donc me répondre , et ne me cachez pas

Quel sujet important conduit ici vos pas.

Quel intérêt, quels soins vous agitent, vous pressent ?

ACTK 11, SCÈNE VIIT. 579

Je vois qa*en m^écoutaut vos yeux au ciel s'adressent. Parlez : de vos désirs le succès est certain , Si ce succès dépend d'une mortelle main.

eSTHCR.

O bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore ! Un intérêt pressant Teut que je vous implore : J'attends ou mon malheur ou ma félicité; Et tout dépend y seigneur, de votre volonté. Un mot de votre bouche , en terminant mes peines , Peut rendre Esther heureuse entré toutes les reines.

ASSOéRUS.

Ah ! que vous enflammez mou désir curieux t

ESTHER

Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux , Si jamais à mes vœux vous fûtes favorable, Permettez, avant tout, qu'Esther puisse à sa tabJc Recevoir aujourd'hui son souveram seigneur, Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur. J'oserai devant lui rompre ce grand silence; Et j'ai pour m'expllquer besoin de sa présence.

ASSUÉRUS

Dans quelle inquiétude , Esther, vous me jetez ! Toutefois, qu'A soit fait comme vous souhaitez.

(à ceux de sa suite.) Vous, que l'on cherche Aman ; et qu'on lui fasse entendre Qu'invité chez la reine il ait soin de s'y rendre.

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