ACTE 1, SCÈN£ II. U
HARAOCHÉE.
I^aissez les pleurs, Estlier, à ces jeunes enfants. £n TOUS est tout Tespcur de vos malheureux frères ; Il faut les secourir : mais les heures sont chères; Le temps Tole , et bi^tôt amènera le Jour Où le nom des Héhr^ni doit périr sans retour. Toute pleine du feu de tant die saints prophètes , Allez y osez au roi déclarer qm vooa êtes.
Esrraai. •$
Hélas! ignorez- vous quelles sévères lois Aux tinûdes mortels cachent ici les rois .' An fond de leur palais leur raa^té terrible / Affecte à leurs sujets de se rendre invisible ;
Et la mort est le prix de tont audacieux
Qui sans être appelé se présente à leurs yeux ,
Si le roi dans Tmstant, pour sauver le coupable ,
Me lui donne à baiser son sceptre redoutable.
Rien ne met à l'abri de cet ordre fatal ,
Mi le rang , ni le sexe ; et le crime esl égal.
Moi-même , sur son trône k ses c6tés assise ,
Je suis à cette loi , comme v» antre » soumise ;
Et sans le prévenir, il faut pour hû parler
Qu'il me cherche , on du moins qu'il me fiisse appeler.
HARDOCBiE.
Quoi 1 lorsque vous voyez périr votre patrie , Pour quelque chose , Esther, vous comptez votre viet Dieu parle ; et d'un mortel vous craàgnes le courroux ! Que dis- je ? votre vie , Esther, est-elle à vous.!» ?i'est-elle pas au sang dont vous êtes issue .^ N'est-eUe pas à IMeu dont vous l'avez reçue.' £t qui sait , lorsqu'au trône il conduisit vos pas , Si pour sauver son peuple il ne vous gardait pas ? Songez-y bien ; ce Dieu ne vous a pas choiâe Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Âsie , Ni pour charmer les yeux des profanes humams : Pour un plus noble usage il réserve se& saints. S'immoler pour son nom et pour s<m héritage , D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage : Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours 1 Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours? Que peuvent contre lui tous les rois de la terre ?
&64 ESTHER
En yain Ils 8*umraient pour lui ùôre la giieiie : Poiir dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer; Il parle , et dans la poudre U les foit tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fait, le del tremble : / Il voit comme un néant tout TuniTers ensemble ; ^ Et les faibles mortels , vains jouets du trépas , ' Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas. S*il a permis d'Aman l'audace criminefie. Sans doute qu'il voulait éprouver votre lèle. C'est lui qui , m'excitant à vous oser chercher. Devant moi , chère Ësther, a bien voulu marcher ; Et s'il fiiut que sa voix frappe en vain vos oreilles , Mous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman , il peut briser nos fers Par la plus faible OMÛn qui soit dans l'univers : Et .vous , qui n'aurez point accepté cette grâce , Vous périrez peut-être , et toute votre race.
ESTUEB.
Allez : que tous les Juiis dans Suse répandus , A prier avec vous jour et nuit assidus ^ Me prêtent de leurs vcbux le secoun salutaire , Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère. Déjà la sombre nuit a commencé son tour : Denmin , quand le soleil rallumera le jour, Contente de périr, s'il faut que je périsse. J'irai pour mon pays m'offrir en sacrifice. Qu'on s'éloigne un moment.
(Le chœur se relire vers le fond do tliéâtre.