ACTE U, SCENE V
Le zèle de Joad n*a point dû vous surprendre. I>u Dieu qae nous serTons tel est Tordre éternel : Lm-mènie il nous traça son temple et son autel , Aux seuls enfants d'Aaron cooraiit ses sacrifices , Aux lévites marqua leur placé et leurs offices , Et surtout défendit àieutppstérité ^ ..,
Avec tout autre dieu toute société.
Hé quoi ! tous de nos rois et la femme et la mère,
Êtes-Tous à ce point parmi nous étrangère P
Ignorez-vous nos lois? et faut-il qu'aujourd'hui...
Voici YOtre Mathan ; je tous laisse avec lui.
ATBALIE.
Votre présence , Abner , est ici nécessaire. Laissons là de Joad Vaudace téméraire , Et tout ce vain amas de superstitions Qui ferme votre temple aux autres nations : Un sujet plus pressant excite mes alarmes. Je sais que , dèé Tenfaince élevé dans les amies^ Abner a le cœur noble, et quil rend à la fois Ce qu'il doit à son Dieu , ce qu'il doit à ses rois : Demeurez.
ATHALIE, MATHAN, ABNER, suite d'atiialib.
MATHAN
Grande reine , est-ce ici votre place ? Quel trouble vous agite, et quel effroi vous glace? Parmi vos ennemis que venez-vous chercher ? De ce temple profane osez- vous approcher? Avez-vous dépouillé cette haine si vive. . .
ATHAUE.
Prètea^moi l'un et l'autre une oreille attentive. Je ne veux point ici rappeler le passé ,
Ni vous rendre raison du sang que j'ai versé :
Ce que j'ai fait, Abner , j'ai cru le devoir faire.
Je ne prends point pour juge un peuple téméraire :
Quoi que son insolence ait osé publier ,
Le ciel même a pris soin de me justifier. ( Sur d'éclatants succès ma puissance établie ' À fait jusqu'aux deux mers respecter Athalie :
618 ATHALIB.
.Ptrinoi Jérusalem goûte ua .calme pcofoiid ; Le Jourdain ne voit plus TArabe vagabond Ni Taltier Philistin par d'éternds ravages , Comme au temps de vos rois , désoler ses rivages ; Le Syrien me traite et de reine et de soeur ; Enfin de ma maison le perfide oppresseu r , Qui devait jusqu*à moi pousser sa barbarie , Jéhu^ IfiJier Jétm tiemhkdanaJanQtaije; De toutes parts pressé par un puissant voisin , Que j'ai su soulever contre cet assassin , Il me laisse en ces Ueux souvenûnejaaUc^se. Je jouissais en paix du fruit de ma sagesse : Mais un trouble importun vient depuis quelques jours De mes prospérités interrompre le cours. Un songe (me devrais-je inquiéter d'un songe 1) Entretient dans mon cœur un chagrin qui le ronge : Je Tévite partout ; partout il me poursuit.
C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit ; Ma mère Jézabel devant moi s'est mcmtrée , Comme au jour de sa mort , pompeusement parée : Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté ; Même elle avait enoor cet édat emprunté. Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage , Pour réparer des ans l'irréparable outrage : « Tremble , m'a-t-elle dit , fille digne de moi ; « Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. « Je te plains de tomber dans ses mains redoutables , « Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables, Son ombre vers mon lit a paru se baisser : i Et moi , je lui tendais les mains pour l'embrasser ; ; Mais je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange / D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange , I Des lambeaux pleins de sang , et des membres affrcu \ Que des chiens dévorants se disputaient entre eux.
ABNER
Grand Dieu !
ATHALIE
Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante , Tel qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus. Sa vue a ranimé mes esprits abattus :