‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 110 sur 305 · AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ULYSSE

Agamemnox.

Juste Ciel, c'est ainsi qu'assurant ta vengeance, Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence ! Encor si je pouvais, libre dans mon malheur. Par des larmes au moins soulager ma douleur ! Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes Et des rigueurs du Sort et des discours des hommes, Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins ; Et les plus malheureux osent pleurer le moins.

Ulysse.

Je suis père, Seigneur. Et, faible comme un autre *, Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre ; Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer. Loin de blâmer a-os pleurs, je suis prêt de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime ; Les dieux ont à Galchas amené leur victime : Il le sait, il l'attend ; et, s'il la voit tarder, Lui-même à haute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : hàtez-vous de répandre Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre. Pleurez ce sang, pleurez ; ou plutôt sans pâlir Considérez l'honneur qui doit en rejaillir. Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames,

i. Nous avons adopté pour ce vers la ponctuation de toutes les éditions anciennes. On l'a depuis imprimé ainsi :

Je suis père, Seigneur, et faible comme un autre.

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