‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 116 sur 305 · IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

Iphigénie.

De cet accueil que dois-je soupçonner ? D'une secrète horreur je me sens frissonner. Je crains malgré moi-même un malheur que j'ignore. Justes dieux, vous savez pour qui je vous implore.

Ériphile.

Quoi I parmi tous les soins qui doivent l'accabler. Quelque froideur suffit pour vous faire trembler ? Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée, Moi qui, de mes parents toujours abandonnée. Etrangère partout, n'ai pas, même en naissant. Peut-être reçu d'eux un regard caressant ! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père. Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et, de quelque disgrâce enfin que vous pleuriez. Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés ?

Iphigénie.

Je ne m'en défends point. Mes pleurs, belle Eriphile, Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille. Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir. Lui donnent sur mon âme un trop juste pouvoir. Mais de lui-même ici que faut-il que je pense ? Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience, Que les Grecs de ces bords ne pouvaient arracher, Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher, S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue

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