‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 122 sur 305 · ACHILLE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

ACHILLE, ÉRIPHILE, DORIS

Achille.

Elle me fuit 1 Veillai-je^ ? ou n'est-ce point un songe ? Dans quel trouble nouveau cette fuite me plonge !

Madame, je ne sais si, sans vous irriter, .\chille devant vous pourra se présenter ; Mais, si d'un ennemi vous souffrez la prière, Si lui-même souvent a plaint sa prisonnière, V^ous savez quel sujet conduit ici leurs pas. Vous savez...

Ériphile.

Quoi ! Seigneur, ne le savez-vous pas, Vous qui, depuis un mois brûlant sur ce rivage, AiVez Conclu vous-même et hâté leur voyage ?

Achille.

De ce même rivage absent depuis un mois, le le revis hier pour la première fois.

Ériphile.

3uoi ! lors qu'Agamemnon écrivait à Micène, Votre amour, votre main, n'a pas conduit la sienne ? 3uoi 1 vous qui de sa fille adoriez les attraits...

Vous m'en voyez encore épris plus que jamais, Madame ; et, si l'effet eût suivi ma pensée. Moi-même dans Argos je l'aurais devancée. Cependant on me fuit. Quel crime ai-je commis ? Mais je ne vois partout que des yeux ennemis. Que dis-je? en ce moment Calchas, Nestor, Ulysse, De leur vaine éloquence employant l'artifice. Combattaient mon amour et semblaient m'annoncer Que, si j'en crois ma gloire, il y faut renoncer. Quelle entreprise ici pourrait être formée ? Suis-je, sans le savoir, la fable de l'armée ? Entrons : c'est un secret qu'il leur faut arracher.

i. Veillay-je. Même observation que dans la note p. 17.

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