ACTE II, SCENE I
Et mon respect saura le confirmer sans cesse. Je vous dois tout mon sang, ma vie est votre bien. Mais enfin voulez- vous...
Non, je ne veux plus rien.
Ne m'importune plus de tes raisons forcées.
Je vois combien tes vœux sont loin de mes pensées ;
Je ne te presse plus, ingrat, d'y consentir.
Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir. nCâr enfin qui m'arrête ? et quelle autre assurance
Demanderais-je encor de son indifférence ?
L'ingrat est-il touché de mes empressements ? (L'amour même entre-t-il dans ses raisonnements?
Xh ! je vois tes desseins. Tu crois, quoi que je fasse,
Que mes propres périls t'assurent de ta grâce ;
Qu'engagée avec toi par de si forts liens,
Je ne puis séparer tes intérêts des miens.
Mais je m'assure encore aux bontés de ton frère :
II m'aime, tu le sais, et, malgré sa colère,
Dans ton perfide sang je puis tout expier,
Et ta mort suffira pour me justifier.
N^en doute point, j'y cours, et dès ce moment même.
Bajazet, écoutez, je sens que je vous aime :
Vous vous perdez. Gardez de me laisser sortir :
Le chemin est encore ouvert au repentir.
Ne désespérez point une amante en furie.
S'il m'échappait un mot, c'est fait de votre vie.
Vous pouvez me l'ôter, elle est entre vos mains.
Peut-être que ma mort, utile à vos desseins,
De l'heureux Amurat obtenant votre grâce,
Vous rendra dans son cœur votre première place.
RoXANE.
Dans son coeur ? Ah ! crois-tu, quand il le voudrait bien, Que, si je perds l'espoir de régner dans le tien, D'une si douce erreur si longtemps possédée, Je puisse désormais souffrir une autre idée. Ni que je vive enfin, si je ne vis pour toi ? Je te donne, cruel, des armes contre moi, Sans doute, et je devrais retenir ma faiblesse : Tu vas en triompher. Oui, je te le confesse,
J'affectais à tes yeux une fausse fierté :
De toi dépend ma joie et ma félicité.
De ma sanglante mort ta mort sera suivie :
Quel fruit de tant de soins que j'ai pris pour ta vie I
Tu soupires enfin, et semblés te troubler.
Achève, parle.
Bajazet.
0 Ciel 1 que ne puis-je parler !
ROXANE
Quoi donc ! que dites-vous ? et que viens-je d'entendre ? Vous avez des secrets que je ne puis apprendre ? Quoi I de vos sentiments je ne puis m'éclaircir ?
Madame, encore un coup, c'est à vous de choisir. Daignez m'ouvrir au trône un chemin légitime. Ou bien, me voilà prêt, prenez votre victime.
RoXANE.
Ah ! c'en est trop enfin, tu seras satisfait. Holà ! gardes, qu'on vienne.