‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 173 sur 305 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté ? Quelles sauvages moeurs, quelle haine endurcie Pourrait, en vous voyant, n'être point adoucie ? Ai-je pu résister au charme décevant...

Aricie.

Quoi, Seigneur?

HiPPOLYTB.

Je me suis engagé trop avant.

Je vois que la raison cède à la violence. Puisque j'ai commencé de rompre le silence, Madame, il faut poursuivre ; il faut vous informer D'un secret que mon cœur ne peut plus renfermer.

Vous voyez devant vous un prince déplorsible, L"'un téméraire orgueil exemple mémorable. Moi qui, contre l'amour fièrement révolté. Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté ; Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages. Pensais toujours du bord contempler les orages, Asservi maintenant sous la commune loi, Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi ! Un moment a vaincu mon audace imprudente : Cette âme si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois, honteux, désespéré. Portant partout le trait dont je suis déchiré, Contre vous, contre moi vainement je m'éprouve : Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve. Dans le fond des forêts votre image me suit. Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite, La lumière du jour, les ombres de la nuit. Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus, Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus. Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune. Je ne me souviens plus des leçons de Neptune. Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

Peut-être le récit d'un amour si sauvage Vous fait en m'écoutant rougir de votre ouvrage. D'un cœur qui s'offre à vous quel farouche entretien ! Quel étrange captif pour un aussi beau lien ! Mais l'offrande à vos yeux en doit être plus chère.

Songez que je vous parle une langue étrangère, Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés, Qu'Hippolyte sans vous n'aurait jamais formés.

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