‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 18 sur 305 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Roxane malgré vous nous joindra l'un et l'autre ; Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre, Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.

Bajazet. .

0 Ciel I que faites-vous ?

Atalide.

Cruel, pouvez-vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire ? Pensez-vous que cent fois, en vous faisant parler, Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler? Mais on me présentait votre perte prochaine. Pourquoi faut-il, ingrat, quand la mienne est certaine. Que vous n'osiez pour moi ce que j'osais pour vous? Peut-être il suffira d'un mot un peu plus doux. Roxane dans son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même vous voyez le temps qu'elle vous donne. A-t-elle, en vous quittant, fait sortir le vLiir? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir ? Enfin, dans sa fureur implorant mon adresse, Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse ? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain Qui lui fasse tomber les armes de la main. Allez, Seigneur, sauvez votre vie et la mienne.

Bajazet.

Eh bien... Mais quels discours faut-il que je lui tienne ?

Atalide.

Ah ! daignez sur ce choix ne me point consulter. L'occasion, le Ciel, pourra vous les dicter. Allez. Entre elle et vous je ne dois point paraître : Votre trouble ou le mien vous feraient reconnaître. Allez, encore un coup, je n'ose m'y trouver. Dites... tout ce qu'il faut, Seigneur, pour vous sauver.

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