PHÈDRE, OENONE
Phèdre.
Chère Œnone, sais-tu ce que je viens d'apprendre ?
CEnone.
Non ; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir . J'ai pâli du dessein qui vous a fait sortir ; J'ai craint une fureur à vous-même fatale.
Phèdre.
Œnone, qui l'eût cru ? j'avais une rivale 1
Œnone.
Comment ?
Phèdre.
Hippolyte aime, et je n'en puis douter. Ce farouche ennemi qu'on ne pouvait dompter, Qu'offensait le respect, qu'importunait la plainte, Ce tigre, que jamais je n'abordai sans crainte, Soumis, apprivoisé, reconnaît un vainqueur : Aricie a trouvé le chemin de son cœur.
Œnone.
Aricie ?
Phèdre.
Ah ! douleur non encore éprouvée !
A quel nouveau tourment je me suis réservée ! Tout ce que j'ai souffert", mes craintes, mes transports, La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords, Et d'un refus cruel l'insupportable injure, N'était qu'un faible essai du tourment que j'endure. Ils s'aiment. Par quel charme ont-ils trompé mes yeux ? Comment se sont-ils vus? depuis quand ? dans quels heux? Tu le savais : pourquoi me laissais-tu séduire ? De leur furtive ardeur ne pouvais-tu m'instruire î Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ? Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher ? Hélas 1 ils se voyaient avec pleine licence : Le Ciel de leurs soupirs approuvait l'innocence ; Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux ; Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux 1