ACTE V, SCÈNE III
Aricie.
Seigneur, je ne vous puis nier la vérité : •e votre injuste haine il n'a pas hérité ; 11 ne me traitait point comme une criminelle.
Thésée.
J'entends : il vous jurait une amour éternelle. Ne vous assurez point sur ce cœur inconstant, Car à d'autres que vous il en jurait autant.
Aricie.
Lui, Seigneur?
TnÉsÉE.
Vous dexiez le rendre moins volage.
Comment souffriez-vous cet horrible partage ?
Aricie.
Et comment souffrez-vous que d'horribles discours D'une si belle ■vie osent noircir le cours ? Avez-vous de son cœur si peu de connaissance ? Discernez-vous si mal le crime et l'innocence ? Faut-il qu'à vos yeux seuls un nuage odieux Dérobe sa vertu, qui brille à tous les yeux ? Ah ! c'est trop le livrer à des langues perfides. Cessez. Repentez-vous de vos vœux homicides ; Craignez, Seigneur, craignez que le Ciel rigoureux Ne vous haïsse assez pour exaucer vos vœux : Souvent dans sa colère il reçoit nos victimes ; Ses présents sont souvent la peine de nos crimes.
Thésée.
Non, vous voulez en vain couvrir son attentat. Votre amour vous aveugle en faveur de l'ingrat. Mais j'en crois des témoins certains, irréprochables : J'ai va, j'ai vu couler des larmes véritables.
Aricie.
Prenez garde. Seigneur. Vos invincibles mains Ont de monstres sans nombre affranchi les humains ; Mais tout n'est pas détruit, et vous en laissez vivre Un... Votre fils. Seigneur, me défend de poursuivre. Instruite du respect qu'il veut vous conserver, Je l'affligerais trop si j'osais achever. J'imite sa pudeur, et fuis votre présence Pour n'être pas forcée à rompre le silence.