‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 227 sur 305 · ACTE n, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE VII

Jette sur «on esclave un regard si serein,

Et m'offre sur son cœur un pouvoir souverain ?

ASSUÉRUS

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire,

Et ces profonds respects que la terreur inspire,

A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur,

Et fatiguent souvent leur triste possesseur.

Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce

Qui me charme toujours, et jamais ne me lasse.

De l'aimable vertu doux et puissants attraits ! |

Tout respire en Esther l'innocence et la paix.

Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres,

Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombres.

Que dis-je ? Sur ce trône assis auprès de vous.

Des astres ennemis j'en crains moins le courroux,

Et crois que votre front prête à mon diadème

Un éclat qui le rend respectable aux dieux même.

Osez donc me répondre, et ne me cachez pas

Quel sujet important conduit ici vos pas.

Quel intérêt, quels soins, vous agitent, vous pressent ?

Je vois qu'en m'écoutant vos yeux au Ciel s'adressent.

Parlez. De vos désirs le succès est certain,

Si ce succès dépend d'une mortelle main.

Esther.

0 bonté qui m'assure autant qu'elle m'honore ! Un intérêt pressant veut que je vous implore. J'attends ou mon malheur, ou ma félicité, Et tout dépend, Seigneur, de votre volonté. Un mot de votre bouche, en terminant mes peines. Peut rendre Esther heureuse entre toutes les reines.

ASSCÉRUS.

Ah ! que vous enflammez mon désir curieux !

Seigneur, si j'ai trouvé grâce devant vos yeux, Si jamais à mes vœux vous fûtes favorable, Permettez avant tout qu'Esther puisse à sa table Recevoir aujourd'hui son souverain seijïneur, Et qu'Aman soit admis à cet excès d'honneur. J'oserai devant lui rompre ce grand silence. Et j'ai, pour m'expliquer, besoin de sa présence.

ASSUÉRUS

Dans quelle inquiétude, Esther, vous me jetez I Toutefois qu'il soit fait comme vous souhaitez.

(A ceux de sa suite.) Vous, que l'on cherche Aman, et qu'on lui fasse entendre Qu'invité chez la reine il ait soin de s'y rendre.

Hydaspe.

Les savants Chaldéens, par votre ordre appelés, Dans cet appartement, Seigneur, sont assemblés.

AsSUÉRUS.

Princesse, un songe étrange occupe ma pensée.

Vous-même en leur réponse êtes intéressée.

Venez, derrière un voile écoutant leurs discours.

De vos propres clartés me prêter le secours.

Je crains pour vous, pour moi, quelque ennemi perfide.

EsTHER.

Suis-moi, Thamar. Et vous, troupe jeune et timide, Sans craindre ici les yeux d'une profane cour, A l'abri de ce trône attendez mon retour.

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