‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 235 sur 305 · ACTE m, SCÈNE RI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE RI

Une Autre.

Je croyais voir marcher la Mort devant ses pas.

Une des plus jeunes.

Je ne sais si ce tigre a reconnu sa proie ; Mais en nous regardant, mes sœurs, il m'a semblé Qu'il avait dans les yeux une barbare joie, Dont tout mon sang est encore troublé.

Élise.

Que ce nouvel honneur va croître son audace ?

Je le vois, mes sœurs, je le vois :

A la table d'Esther, l'insolent près du roi A déjà pris sa place.

Une des Israélites.

Ministres du festin, de grâce, dites-nous. Quels mets à ce cruel, quel vin préparez-vous?

Une autre.

Le sang de l'orphelin.

Une troisième.

Les pleurs des misérables, La seconde.

Sont ses mets les plus agréables,

La troisième.

C'est son breuvage le plus doux.

Chères sœurs, suspendez la douleur qui vous presse. Chantons, on nous l'ordonne. Et que puissent nos chants Du cœur d'Assuérus adoucir la rudesse.

Comme autrefois David, par ses accords touchants, Calmait d'un roi jaloux la sauvage tristesse.

Tout le reste de cette scène est chanté

Une Israélite.

Que le peuple est heureux, Lorsqu'un roi généreux, Craint dans tout l'univers, veut encore qu'on l'aime! Heureux le peuple! heureux le roi lui-même! Tout le chœur.

0 repos! ô tranquillité !

0 d'un parfait bonheur assurance étemelle, Quand la suprême autorité Dans ses conseils a toujours auprès d'elle La justice et la vérité !

Ces quatre stances sont chantées alternativement par une voix seule, et par tout le chœur

Une Israélite.

Rois, chassez la calomnie :

Ses criminels attentats Des plus paisibles Etats Troublent l'heureuse harmonie.

Sa fureur, de sang avide, Poursuit partout l'innocent.

Rois, prenez soin de l'absent Contre sa langue homicide.

De ce monstre si farouche Craignez la feinte douceur :

La vengeance est dans son cœur^ Et la pitié dans sa bouche.

La fraude adroite et subtile Sème de fleurs son chemin ; Mais sur ses pas vient enfin.

Le repentir inutile.

Une Israélite, seule.

D'un souffle l'aquilon écarte les nuages,

Et chasse au loin la foudre et les orages. Un roi sage, ennemi du langage menteur, Écarte d'un regard le perfide imposteur. Une autre.

J'admire un roi victorieux, Que sa valeur conduit triomphant en tous lieux Mais un roi sage et qui hait l'injustice, Qui sous la loi du riche impérieux Ne souffre point que le pauvre gémisse, Est le plus beau présent des deux.

Une autre.

La veuve en sa défense espère.

Une autre.

De l'orphelin il est le père.

Toutes ensemble.

Et les larmes du juste implorant son appui Sont précieuses devant lui.

Une Israélite, seule.

Détourne, Roi puissant, détourne tes oreilles

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