‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 255 sur 305 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Conserve l'héritier de tes saintes promesses, Et ne punis que moi de toutes mes faiblesses.

JOAD

Vos larmes, Josabet, n'ont rien de criminel.

Mais Dieu veut qu'on espère en son soin paternel.

11 ne recherche point, aveugle en sa colère.

Sur le ûls qui le craint, l'impiété du père.

Tout ce qui reste encore de fidèles Hébreux

Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs vœux.

Autant que de David la race est respectée,

Autant de Jézabel la fille est détestée.

Joas les touchera par sa noble pudeur,

Où semble de son sang reluire la splendeur ;

Et Dieu, par sa voix même appuyant notre exemple,

De plus près à leur cœur parlera dans son temple.

Deux infidèles rois tour à tour l'ont bravé;

Il faut que sur le trône un roi soit élevé,

Qui se souvienne un jour qu'au rang de ses ancêtres

Dieu l'a fait remonter par la main de ses prêtres,

L'a tiré par leur main de l'oubli du tombeau.

Et de David éteint rallumé le flambeau.

Grand Dieu I si tu prévois qu'indigne de sa race. Il doive de David abandonner la trace.

Qu'il soit comme le fruit en naissant arraché. Ou qu'un souffle ennemi dans sa fleur a séché. Mais, si ce même enfant, à tes ordres docile, Doit être à tes desseins un instrument utile. Fais qu'au juste héritier le sceptre soit remis. Livre en mes faibles mains ses puissants ennemis. Confonds dans ses conseils une reine cruelle. Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur, De la chute des rois funeste avancoureur *

L'heure me presse. Adieu. Des plus saintes familles Votre fils et ses sœurs vous ajnènent les filles.

i. Nous avons conservé l'orthographe du mot avancoureur telle que la donne l'édition de 4697, et que l'avait aussi donnée celle de

JOSABET, ZACHARIE, SALOMITH, LE CHOËUH.

JOSABET.

Cher Zacharie, allez, ne vous arrêtez pas. De votre auguste père accompagnez les pas.

0 fllles de Lévi, troupe jeune et fidèle, Que déjà le Seigneur embrase de son zèle, Qui venez si souvent partager mes soupirs, Enfants, ma seule joie en mes longs déplaisirs ; Ces festons dans vos mains et ces fleurs sur vos tètes Autrefois convenaient à nos pompeuses fêtes. Mais, hélas ! en ce temps d'opprohre et de douleurs, Quel offrande sied mieux que celle de nos pleurs ? J'entends déjà, j'entends la trompette sacrée. Et du temple bientôt on permettra l'entrée. Tandis que je me vais préparer à marcher. Chantez, louez le Dieu que vous venez chercher.

Page 1