ROXANE, ATALIDE
RoXANE.
De quel étonnement, ô Ciel ! suis-je frappée I
Est-ce un songe, et mes yeux ne m'ont-ils point trompée
Quel est ce sombre accueil, et ce discours glacé
Qui semble révoquer tout ce qui s'est passé ?
Sur quel espoir croit-il que je me sois rendue,
Et qu'il ait regagné mon amitié perdue ?
J'ai cru qu'il me jurait que jusques à la mort
Son amour me laissait maîtresse de son sort.
Se repent-il déjà de m'avoir apaisée ?
Mais moi-même tantôt me serais-je abusée?
Ah I... Mais il vous parlait. Quels étaient ses discours,
Madame ?
Moi, Madame ? Il vous aime toujours.
ROXANE
II y va de sa vie au moins que je le croie. Mais, de grâce, parmi tant de sujets de joie, Répondez-moi, comment pouvez-vous expliquer Ce chagrin qu'en sortant il m'a fait remarquer?
Atalide.
Madame, ce chagrin n'a point frappé ma vue. Il m'a de vos bontés longtemps entretenue. Il en était tout plein quand je l'ai rencontré. J'ai cru le voir sortir tel qu'il était entré. Mais, Madame, après tout, faut-il être surprise Que, tout près d'achever cette grande entreprise, Bajazet s'inquiète, et qu'il laisse échapper Quelque marque des soins qui doivent l'occuper?
RoXANE.
Je vois qu'à l'excuser votre adresse est extrême. Vous parlez mieux pour lui qu'il ne parle lui-même.
Atalide.
Et quel autre intérêt...
RoXANE.
Madame, c'est assez.
Je conçois vos raisons mieux que vous ne pensez. Laissez-moi. J'ai besoin d'un peu de solitude. Ce jour me jette aussi dans quelque inquiétude. J'ai, comme Bajazet, mon chagrin et mes soins, Et je veux un moment y penser sans témoins.