ACTE II, SCÈNE V 3H
Athaue.
Mais cet enfant fatal, Abner, vous l'avez vu. ' Quel est-il? de quel sang, et de quelle tribu?
Abner.
Deux enfants à l'autel prêtaient leur ministère. L'un est fils de Joad, Josabet est sa mère. L'autre m'est inconnu.
Mathan.
Pourquoi délibérer?
De tous les deux. Madame, il se faut assurer. Vous savez pour Joad mes égards, mes mesures; Que je ne cherche point à venger mes injures; Que la seule équité règne en tous mes avis; Mais lui-même, après tout, fût-ce son propre fils, Voudrait-il un moment laisser vivre un coupable?
Abner.
De quel crime un enfant peut-il être capable ?
Mathan.
Le Ciel nous le fait voir un poignard à la main. Le Ciel est juste et sage, et ne fait rien en vain. Que cherchez-vous de plus?
Abner.
Mais, sur la foi d'un songe, Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge? Vous ne savez encor de quel père il est né, Quel il est.
Mathan.
On le craint, tout est examiné.
A d'illustres parents s'il doit son origine, La splendeur de son sort doit hâter sa ruine. Dans le vulgaire obscur si le sort l'a placé. Qu'importe qu'au hasard un sang vil soit versé ? Est-ce aux rois à garder cette lente justice? Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice. N'allons point les gêner d'un soin embarrassant. Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.
Abner.
Eh quoi, Mathan I d'un prêtre est-ce là le langage? Moi, nourri dans la guerre aux horreurs du carnage, Des vengeances des rois ministre rigoureux. C'est moi qui prête ici ma voix aux malheureux.
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Et vous, qui lui devez des entrailles de père, *
Vous, ministre de paix dans les teraps de colère, '\
Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment, l'
Le sang à votre gré coule trop lentement !
Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte. Madame. Quel est donc ce grand sujet de crainte ? Un songe, un faible enfant, que votre œil prévenu Peut-être sans raison croit avoir reconnu.
Athalie.
Je le veux croire, Abner ; je puis m'être trompée. Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée. Eh bien, il faut revoir cet enfant de plus près ; Il en faut à loisir examiner les traits. Qu'on les fasse tous deux paraître en ma présence.
Abner.
Je crains...
Athalie.
Manquerait-on pour moi de complaisance?
De ce refus bizarre où seraient les raisons ? Il pourrait me jeter en d'étranges soupçons. Que Josabet, vous dis-je, ou Joad les amène. Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer, Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer. Je sais, sur ma conduite et contre ma puissance, Jusqu'où de leurs discours ils portent la licence. Us -vivent cependant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, Et ne m'irrite point par un second outrage. Allez.