‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 274 sur 305 · MATHAN, NABAL · texte numérisé non relu

MATHAN, NABAL

Nabal.

Leurs enfants ont déjà leur audace hautaine. Mais que veut Athalie en cette occasion ? D'où naît dans ses conseils cette confusion ? Par l'insolent Joad ce matin offensée, Et d'un enfant fatal en songe menacée.

Elle allait immoler Joad à son courroux, Et dans ce temple enfin placer Baal et vous. Vous m'en a^■iez déjà confié votre joie, Et j'espérais ma part d'une si douce proie. Qui fait changer ainsi ses vœux irrésolus ?

Mathan.

Ami, depuis deux jours je ne la connais plus. Ce n'est plus cette reine éclairée, intrépide. Elevée au-dessus de son sexe timide.

Qui d'abord accablait ses ennemis surpris, Et d'un instant perdu connaissait tout le prix. La peur d'un vain remords trouble cette grande âme ; Elle flotte, elle hésite ; en un mot, elle est femme. J'avais tantôt rempli d'amerture et de fiel Son cœur, déjà saisi des menaces du Ciel. Elle-même, à mes soins confiant sa vengeance, M'avait dit d'assembler sa garde en diligence. Mais, soit que cet enfant devant elle amené, De ses parents, dit-on, rebut infortuné. Eut d'un songe effrayant diminué l'alarme, Soit qu'elle eût même en lui ru je ne sais quel channe, J'ai trouvé son courroux chancelant, incertain, Et déjà remettant sa vengeance à demain. Tous ses projets semblaient l'un l'autre se détruire. « Du sort de cet enfant je me suis fait instruire, Ai-je dit. On commence à vanter ses aïeux. Joad de temps en temps le montre aux factieux. Le fait attendre aux Juifs comme un autre Moïse, Et d'oracles menteurs s'appuie et s'autorise. > Ces mots ont fait monter la rongeur sur son front.

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