ACTE m, SCÈNE IV
Princesse, en qui le Ciel mit un esprit si doux,
Ne vous étonnez pas si je m'adresse à vous,
Un bruit que j'ai pourtant soupçonné de mensonge,
Appuyant les avis qu'elle a reçus en songe,
Sur Joad, accusé de dangereux complots,
Allait de sa colère attirer tous les flots.
Je ne veux point ici vous vanter mes services.
De Joad contre moi je sais les injustices.
Mais il faut à l'offense opposer les bienfaits.
Enfin je viens chargé de paroles de paix.
Vivez, solennisez vos fêtes sans ombrage.
De votre obéissance elle ne veut qu'un gage :
C'est, pour l'en détourner j'ai fait ce que j'ai pu,
Cet enfant sans parents, qu'elle dit qu'elle a vu.
JOSABET.
Éliacin 1
Math.\n.
J'en ai pour elle quelque honte.
D'un vain songe peut-être elle fait trop de conte* ; Mais vous vous déclarez ses mortels ennemis, Si cet enfant sur l'heure en mes mains n'est remis. La reine impatiente attend votre réponse.
JoSABET.
Et voilà de sa part la paix qu'on nous annonce I
Mathan.
Pourriez-vous un moment douter de l'accepter ? D'un peu de complaisance est-ce trop l'acheter ?
JoSABET.
J'admirais si Mathan, dépouillant l'artifice, Avait pu de son cœur surmonter l'injustice. Et si de tant de maux le funeste inventeur De quelque ombre de bien pouvait être l'auteur.
ifATHAN.
De quoi vous plaignez-vous ? Vient-on avec furie. Arracher de vos bras votre fils Zacharie ? Quel est cet autre enfant si cher à votre amour ? Ce grand attachement me surprend à mon tour. Est-ce un trésor pour vous si précieux, si rare ?
1. On écrivait encore indifféremment, au xvn' siècle, compte et conte.
Est-ce un libérateur que le Ciel vous prépare ? Songez-y. Vos refus pourraient me confirmer Un bruit sourd que déjà l'on commence à semer.
JOSABET.
Quel bruit ?
Math AN.
Que cet enfant vient d'illustre origine, Qu'à quelque grand projet votre époux le destine.
JoSABET.
Et Mathan, par ce bruit qui flatte sa fureur...
Mathan.
Princesse, c'est à vous à me tirer d'erreur. Je sais que, du mensonge implacable ennemie, Josabet livrerait même sa propre vie, S'il fallait que sa vie à sa sincérité Coûtât le moindre mot contre la vérité. Du sort de cet enfant on n'a donc nulle trace ? Une profonde nuit enveloppe sa race ?
Et vous-même ignorez, de quels parents issu, De quelles mains Joad en ses bras l'a reçu ? Parlez, je vous écoute, et suis prêt de vous croire. Au Dieu que vous servez, Princesse, rendez gloire.
Josabet.
Méchant, c'est bien à vous d'oser ainsi nommer Un Dieu que votre bouche enseigne à blasphémer. Sa vérité par vous peut-elle être attestée, Vous, malheureux, assis dans la chaire empestée Où le mensonge règne et répand son poison, Vous, nourri dans la fourbe et dans la trahison ?