‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 293 sur 305 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

JOAS, JOSABET, JOAD, etc., UN LÉVITE.

Un Lévite.

J'ignore contre Dieu quel projet on médite ; Mais l'airain menaçant frémit de toutes parts ; On voit luire des feux parmi des étendards ; Et sans doute Athalie assemble son armée. Déjà même au secours toute voie est fermée. Déjà le sacré mont où le temple est bâti D'insolents Tyriens est partout investi.

L'un d'eux, en blasphémant, vient de nous faire entendre Qu'Abner est dans les fers, et ne peut nous défendre.

JosABET, à Joas.

Cher enfant, que le Ciel en vain m'avait rendu, Hélas ! pour vous sauver j'ai fait ce que j'ai pu. Dieu ne se souvient plus de David votre père.

JoAD, à Josabet.

Quoi ! vous ne craignez pas d'attirer sa colère Sur vous et sur ce roi si cher à votre amour ? Et quand Dieu, de vos bras, l'arrachant sans retour, Voudrait que de David la maison fût éteinte, N'êtes-vous pas ici sur la montagne sainte Où le père des Juifs* sur son fils innocent Leva sans murmurer son bras obéissant.

Il mit sur un bûcher ce fruit de sa vieillesse, Laissant à Dieu le soin d'accomplir sa promesse. Et lui sacrifiant, avec ce fils aimé, Tout l'espoir de sa race en lui seul renfermé ?

Amis, partageons-nous. Qu'Ismaël en sa garde Prenne tout le côté que l'orient regarde ; Vous, du côté de TOurse^, et vous de l'occident ; Vous, le midi. Qu'aucun, par un zèle imprudent, Découvrant mes desseins, soit prêtre, soit lévite, Ne sorte avant le temps et ne se précipite ; Et que chacun enfin, d'un même esprit poussé. Garde en mourant le poste où je l'aurai placé.

i. Abraham.

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