‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 295 sur 305 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SALOMITH, LE CHŒUR.

Tout le Chœur chante.

Partez, enfants d'Aaron, partez.

Jamais plus illustre querelle De vos aieux n'arma le zèle.

Partez, enfants d'Aaron, partez.

Cest votre roU c'est Dieu, pour qui vous combattez. Une voix, seule.

Où sont les traits que tu lances, Grand Dieu, dans ton juste courroux ?

Xest-tu plus le Dieu jaloux ?

N'est-tu plus le Dieu des vengeances ?

Une autre.

Où sont. Dieu de Jacob, tes antiques bontés ? Dans l'horreur qui nous environne, Xentends-tu que la voix de nos iniquités ? N'es-tu plus le Dieu qui pardonne ?

Tout le Chœur.

Où sont, Dieu de Jacob, tes antiques bontés ? Une voix, seule.

Cest à toi que dans cette guerre Les flèches des méchants prétendent s'adresser. « Faisons, disent-ils, cesser Les fêtes de Dieu sur la terre.

De son joug importun délivrons les mortels. Massacrons tous ses saints ; renversons ses autels : Que de son nom, que de sa gloire Il ne reste plus de mémoire ; Que ni lui ni son Christ ne régnent plu^ sur nous. » Tout le Chœur.

Où sont les traits que tu lances, Grand Dieu, dans ton juste courroux?

Ifest-tu plus le Dieu jaloux ?

Ifest-tu plus le Dieu des vengeances ?

Une voix, seule.

Triste reste de nos rois, Chère et dernière fleur d'une tige si belle, Hélas ! sous le couteau d'une mère cruelle Te verrons-nous tomber une seconde fois ? Prince aimable, dis-nous si quelque ange au berceau Contre tes assassins prit soin de te défendre,

Ou si, dans la nuit du tombeau, La voix du Dieu vivant a ranimé ta cendre.

Une autre.

D'un père et d'un aïeul contre toi révoltés. Grand Dieu, les attentats lui sont-ils imputés ? Est-ce que sans retour ta pitié l'abandonne ?

Le Chœur.

Où. sont. Dieu de Jacob, tes antiques bontés? Ifest-tu plus le Dieu qui pardonne ?

Une des filles du Chœur, sans chanter Chères sœurs, n'entendez-vous pas Des cruels Tyriens la trompette qui sonne ?

Salomith.

J'entends même les cris des barbares soldats,

Et d'horreur j'en frissonne.

Courons, fuyons, retirons-nous*

A l'ombre salutaire

Du redoutable sanctuaire.

FIN du quatrième ACTE.

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