‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 298 sur 305 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

Tandis qu'à me répondre ici vous balancez,

Mathan, près d'Athalie étincelant de rage,

Demande le signal et presse le carnage.

Faut-il que je me mette à vos sacrés genoux ?

Au nom du lieu si saint qui n'est ouvert qu'à vous.

Lieu terrible où de Dieu la majesté repose,

Quelque dure que soit la loi qu'on vous impose,

De ce coup imprévu songeons à nous parer.

Donnez-moi seulement le temps de respirer.

Demain, dès cette nuit, je prendrai des mesures

Pour assurer le temple et venger ses injures.

Mais je vois que mes pleurs et que mes vains discours

Pour vous persuader sont un faible secours ;

Votre austère vertu n'en peut être frappée.

Eh bien, trouvez-moi donc quelque arme, quelque épée,

Et qu'aux portes du temple, où iennemi m'attend,

Abner puisse du moins mourir en combattant.

JOAD

Je me rends. Vous m'ouvrez un avis que j'embrasse.

De tant de maux, Abner, détournons la menace.

Il est vrai, de David un trésor est resté.

La garde en fut commise à ma fidélité.

C'était des tristes Juifs l'espérance dernière,

Que mes soins vigilants cachaient à la lumière.

Mais, puisqu'à votre reine il faut le découvrir.

Je vais la contenter, nos portes vont s'ouvrir.

De ses plus braves chefs qu'elle entre accompagnée,

Mais de nos saints autels qu'elle tienne éloignée

D'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur.

Du pillage du temple épargnez-moi l'horreur.

Des prêtres, des enfants, lui feraient-ils quelque ombre ?

De sa suite avec vous qu'elle règle le nombre.

Et quant à cet enfant si craint, si redouté.

De votre cœur Abner, je connais l'équité.

Je vous veux devant elle expliquer sa naissance.

Vous verrez s'il le faut remettre en sa puissance,

Et je vous ferai juge entre Athalie et lui.

Abner.

Ah I je le prends déjà. Seigneur, sous mon appui. Ne craignez rien, je cours vers celle qui m'envoie.

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