‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 303 sur 305 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ISMAEL, JOAS, JOAD, ATHALIE, etc.

IsiiAEL, à Joad.

Seigneur, le temple est libre et n'a plus d'ennemis. L'étranger est en fuite et le Juif est soumis. Comme le vent dans l'air dissipe la fumée, La voix du Tout-Puissant a chassé cette armée. Nos lévites, du haut de nos sacrés parvis, D'Okosias au peuple ont annoncé le fils. Ont conté son enfance au glaive dérobée. Et la fille d'Achab dans le piège tombée. Partout en même temps la trompette a sonné ; Et ses sons et leurs cris dans son camp étonné Ont répandu le trouble et la terreur subite Dont Gédéon frappa le fier Madianite.

Les Tyriens, jetant armes et boucliers, Ont par divers chemins disparu les premiers. Quelques Juifs éperdus ont aussi pris la fuite. Mais, de Dieu sur Joas admirant la conduite. Le reste à haute voix s'est pour lui déclaré. Enfin, d'un même esprit tout le peuple inspiré, Femmes, vieillards, enfants, s'embrassant avec joie, Bénissent le Seigneur et celui qu'il envoie. Tous chantent de David le fils ressuscité. Baal est en horreur dans la sainte cité ; De son temple profane on a brisé les portes. Mathan est égorgé.

Athalie.

Dieu des Juifs, tu l'emportes !

Oui, c'est Joas ; je cherche en vain à me tromper. Je reconnais l'endroit où je le fis frapper. Je vois d'Okosias et le port et le geste. Tout me retrace enfin un sang que je déteste. David, David triomphe ; Achab seul est détruit. Impitoyable jieu, toi seul as tout conduit. C'est toi quiT^me ilattanT d'uiîê vengeance aisée, M'as vingt fois en un jour à moi-même opposée. Tantôt pour un enfant excitant mes remords, Tantôt m'éblouissant de tes riches trésors, Que j'ai craint de livrer aux flammes, au pillage. Qu'il règne donc, ce fils, ton soin et ton ouvrage. Et que, pour signaler son empire nouveau, On lui fasse en mon sein enfoncer le couteau. Voici ce qu'en mourant lui souhaite sa mère : Que dis-je, souhaiter ? Je me flatte, j'espère Qu'indocile à ton joug, fatigué de ta loi. Fidèle au sang d'Achab, qu'il a reçu de moi, Conforme à son aïeul, à son père semblable, On verra de David l'héritier détestable Abolir tes honneurs, profaner ton autel. Et venger Athalie, Achab et Jézabel.

JOAD

Qu'à l'instant hors du temple elle soit emmenée, Et que la sainteté n'en soit point profanée. Allez, sacrés vengeurs de vos princes meurtris^, De leur sang par sa mort faire cesser les cris. Si quelque audacieux embrasse sa querelle. Qu'à la fureur du glaive on le livre avec elle.

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