‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 67 sur 305 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

MiTHRIDATE.

Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime, Vous n'allez à l'autel que comme une victime ; Et moi, tyran d'un cœur qui se refuse au mien, Même en vous possédant je ne vous devrai rien. Ah ! Madame ! Est-ce là de quoi me satisfaire ? Faut-il que désormais, renonçant à vous plaire. Je ne prétende plus qu'à vous tyranniser ? Mes malheurs, en un mot, me font-ils mépriser? Ah ! pour tenter encor de nouvelles conquêtes, Quand je ne verrais pas des routes toutes prêtes, Quand le sort ennemi m'aurait jeté plus bas. Vaincu, persécuté, sans secours, sans Etats, Errant de mers en mers, et moins roi que pirate. Conservant pour tous biens le nom de Mithridate, Apprenez que, suivi d'un nom si glorieux. Partout de l'univers j'attacherais les yeux. Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de l'être, Qui, sur le trône assis, n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé. Que Rome et quarante ans ont à peine achevé. Vous-même d'un autre œil me verriez-vous, Madame, Si ces Grecs vos aïeux revivaient en votre àme ? Et, puisqu'il faut enfin que je sois votre époux. N'était-il pas plus noble et plus digne de vous De joindre à ce devoir votre propre suffrage. D'opposer votre estime au destin qui m'outrage, Et de me rassurer, en flattant ma douleur, Contre la défiance attachée au malheur?

Eh quoi ! n'avez-vous rien. Madame, à me répondre ? Tout mon empressement ne sert qu'à vous confondre. Vous demeurez muette ; et loin de me parler. Je vois malgré vos soins vos pleurs prêts à couler.

MONIME

Moi, Seigneur? Je n'ai point de larmes à répandre. ♦

J'obéis. N'est-ce pas assez me faire entendre ? Et ne suffit-il pas...

Mithridate.

Non, ce n'est pas assez; Je vous entends ici mieux que vous ne pensez. Je vois qu'on m'a dit vrai. Ma juste jalousie

Par vos propres discours est trop bien éclaircie ; Je vois qu'un fils perfide, épris de vos beautés, Vous a parlé d'amour, et que vous l'écoutez. Je vous jette pour lui dans des craintes nouvelles. Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles. Madame, et désormais tout est sourd à mes lois, Ou bien vous l'avez vu pour la dernière fois. Appelez Xipharès.

MONIME

Ah I que voulez-vous faire ?

Xipharès....

MiTHRIDATE.

Xipharès n'a point trahi son père.

Vous vous pressez en vain de le désavouer*. Et ma tendre amitié ne peut que s'en louer, Ma honte en serait moindre, ainsi que votre crime, Si ce fils, en effet digne de votre estime, A quelque amour encore avait pu vous forcer. Mais qu'un traître qui n'est hardi qu'à m'offenser, De qui nulle vertu n'accompagne l'audace, Que Pharnace, en un mot, ait pu prendre ma place ? Qu'il soit aimé, Madame, et que je sois haï?

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